La contre-attaque ukrainienne «est un échec colossal» de la Russie 

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Guerre en Ukraine La contre-attaque ukrainienne «est un échec colossal» de la Russie 

Défaut des services de renseignements, aveuglement de la hiérarchie, incapacité de la machine militaire à anticiper: la Russie a été manifestement prise de court par la contre-offensive ukrainienne. 

Une fillette passe en hoverboard devant l’épave d’un tank russe, le 7 septembre 2022 à Lukashivka. 

Une fillette passe en hoverboard devant l’épave d’un tank russe, le 7 septembre 2022 à Lukashivka. 

AFP

En l’espace de quelques jours, les forces de Kiev ont repris l’initiative dans une guerre qui semblait engluée sur une ligne de front quasiment immobile depuis le début de l’été. Elles ont aujourd’hui repris plusieurs villes et des milliers de kilomètres carrés. Que Moscou ne l’ait pas vu venir «est un échec colossal du renseignement militaire», estime Michael Kofman, de l’institut américain CNA. Ils «ont complètement raté ça.» 

La «Russie n’a pas su anticiper», selon Pierre Grasser, historien des relations internationales et chercheur au laboratoire Sirice à Paris. Comme bien d’autres, il évoque la manipulation des Ukrainiens, qui ont annoncé une contre-attaque dans le sud avant d’en lancer une plus massive encore dans le nord-est. «Des signaux faibles auraient cependant pu alerter» Moscou, estime-t-il, d’autant que l’Ukraine «semble avoir sondé cette ligne de front tout au long du mois d’août» par des opérations de petite envergure.

Images satellites accessibles à tous 

L’effet de surprise est d’autant plus inattendu que ce conflit fait l’objet d’une profusion sans précédent d’images satellites et d’informations disponibles à tous – ce que les espions appellent les «sources ouvertes». Aucun mouvement majeur de troupes ou d’artillerie ne peut en principe échapper à l’ennemi. Rob Lee, chercheur à l’Institut de recherche des relations internationales (FPRI) de Philadelphie (USA), relève même que certaines chaînes russes sur Telegram évoquaient une concentration ukrainienne près de Kharkiv depuis un mois.

Centralisation extrême 

Une des plus grandes faiblesses de l’armée russe est qu’elle est lente à répondre aux évolutions du champ de bataille», fait valoir l’expert. Encore prisonnière de la culture soviétique, l’armée russe «est très centralisée mais prend aussi de mauvaises décisions – voire n’en prend aucune».

L’échec cuisant de la tentative de Moscou de conquérir Kiev, en mars, avait déjà mis en lumière les faiblesses insoupçonnées de celle qui fut considérée comme une des armées les plus puissantes du monde.

Manque d’anticipation 

Le renseignement russe avait été stigmatisé, y compris par Poutine lui-même, comme la faible capacité d’adaptation des unités de combat, déconnectées de leur état-major. L’armée russe s’est ensuite réorganisée, progressant dans le Donbass au printemps et infligeant de lourdes pertes à son adversaire. Mais ses faiblesses organiques sont réapparues depuis. La guerre se gagne moins dans le combat du jour que dans l’anticipation de celui du lendemain. Et sur ce point, l’héritière de l’Armée Rouge semble à la peine.

Mauvaise préparation 

En juin, faute de mobilisation générale, les Russes n’ont pas remplacé des unités exténuées par des mois de combat, rappelle Michael Kofman. Sans en tirer les conséquences pour autant: «ils continuaient à pousser les forces ukrainiennes dans le Donbass alors qu’ils avaient de faibles chances de succès.» Et «ils ne se sont pas suffisamment préparés à défendre», laissant des pans de la ligne de front «terriblement exposés» aux contre-attaques. 

Mobilisation ukrainienne 

L’expert militaire russe indépendant Alexandre Khramtchikhine observe que les attaques ukrainiennes simultanées ont complexifié la tâche de Moscou. «Les renseignements russes n’avaient pas compris où exactement aurait lieu la contre-offensive réelle», dit-il à l’AFP. Pour lui, le recul russe s’explique pourtant ailleurs. «En Ukraine, toute la population est mobilisée», observe-t-il. «Les Ukrainiens peuvent donc ajouter tous les effectifs qu’ils veulent.» Et l’expert d’évoquer aussi «les équipements techniques, particulièrement le nombre des armements au sol», à l’avantage selon lui des forces de Kiev. 

Le poids des Occidentaux 

Reste que Moscou ne pouvait ignorer que le président Volodymyr Zelensky finirait par obtenir l’armement moderne réclamé à ses alliés. Ses chefs militaires «ont échoué à se préparer à l’introduction des armes de l’Otan», assure sur son compte Twitter Christopher Dougherty, du CNAS à Washington. Les missiles Himars et Harm ou les obusiers automoteurs Caesar ont d’autant plus modifié le cours de la guerre que Moscou n’a pas anticipé leur impact sur les combats.

Kiev appuie là où ça fait mal 

«À chaque étape, la Russie ne parvient pas à prendre les bonnes décisions rapidement», insiste le chercheur. En face, forte de la réforme de son armée depuis la perte de la Crimée en 2014, et riche de l’assistance des services occidentaux, l’Ukraine appuie là où ça fait mal. «La capacité de l’Ukraine à rassembler, traiter une information et agir rapidement et efficacement lui a donné un avantage majeur sur la structure de commandement centralisée et sclérosée de la Russie», résume Christopher Dougherty.

Alexandre Khramtchikhine, lui, met en exergue le poids du renseignement étranger. «L’Ukraine reçoit en temps réel les informations des satellites américains et des avions de détection radar à longue portée», juge-t-il. «Il n’est même pas sûr que le commandement ne soit pas devenu, au minimum, ukraino-américain.»

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(AFP)

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