Actualisé 22.04.2007 à 08:13

La corruption des policiers, principe de base des cartels de la drogue

Mexico - La corruption de la police est un fléau face auquel le Mexique est dépassé: une centaine d'agents de la région de Monterrey ont été arrêtés cette semaine parce qu'ils multipliaient leur salaire avec «des narco-commissions» des cartels de la drogue.

La corruption de policiers, de procureurs, de juges ou de politiciens est un principe de base pour les organisations qui opèrent au Mexique et en Amérique centrale pour alimenter en drogue les Etats-Unis, selon des sources judiciaires.

Entre 1700 et 3500 euros

Selon le parquet de l'Etat de Nuevo Leon (qui englobe Monterrey), les policiers gradés encaissaient des trafiquants entre 25 000 et 50 000 pesos (1700 à 3500 euros) mensuels pour un salaire officiel de 9000 pesos (620 euros), alors que les agents de base recevaient 1000 à 3000 pesos (70 à 210 euros) pour arrondir leur solde de 5000 à 7000 pesos (350 à 480 euros).

En échange, ils devaient fermer les yeux, lever des barrages pour laisser passer des chargements ou ne pas patrouiller dans une zone pendant un règlement de compte.

Quarante des 122 policiers arrêtés à Monterrey ont avoué qu'ils recevaient de l'argent des trafiquants de drogue et ont expliqué leur geste par peur de représailles contre eux et leurs familles.

20 000 militaires mobilisés

Malgré la mobilisation de plus de 20 000 militaires dans plusieurs Etats du Mexique, dont Nuevo Leon, pour lutter contre le trafic de drogue, les règlements de compte entre cartels de la drogue se multiplient.

«On ne peut pas aspirer à une amélioration tant que des policiers travailleront pour des organisations criminelles», a reconnu avec fatalisme le vice-procureur de Nuevo Leon, Aldo Fasci.

«Un policier qui décide de s'allier avec une organisation criminelle devient naturellement un candidat à être assassiné (par un cartel rival) ou arrêté», a-t-il ajouté.

600 exécutions

Depuis le début de l'année, plus de 600 personnes, dont des dizaines de policiers, ont été exécutées, notamment dans la région de Monterrey et la station balnéaire d'Acapulco (sud), où les cartels du Golfe et de Sinaloa (allié à celui de Juarez) se disputent le contrôle du trafic de drogue.

Il y a deux ans, 400 policiers avaient déjà été congédiés à Nuevo Laredo, ville frontalière du Texas, à 200 km au nord de Monterrey.

Un ancien policier fédéral en poste dans le nord du Mexique a confié à l'AFP qu'il avait dû démissionner après avoir refusé d'obéir à un ordre de son chef qui lui demandait de ne pas arrêter un camion.

«Quand j'ai vu arriver le camion, j'ai décidé de le fouiller, nous avons trouvé 80 kg de cocaïne, mon chef était fou de rage», raconte-t-il. Pour avoir la vie sauve, il a déménagé et travaille comme chauffeur de taxi à Mexico.

Juteux négoce

Au Guatemala, la nouvelle ministre de l'Intérieur vient d'annoncer que 1500 policiers allaient être licenciés, également pour collusion avec le juteux négoce de la drogue.

«Les corps policiers se sont engagés dans le business de la protection du trafic de drogue», dénonce un expert mexicain des cartels, Ricardo Ravelo.

«Le trafic de drogue, insiste-t-il, ne peut opérer qu'avec une protection policière. Derrière chaque chargement, il y a des policiers ou des militaires», «la police est divisée entre les cartels (...) des fois ils travaillent pour deux cartels à la fois», mais c'est risqué.

Au Panama, première étape dans le parcours semé d'embûches vers les Etats-Unis, le chef des opérations anti-drogue Rogelio Harris, formé par le FBI, a été arrêté en 2005 pour complicité avec un cartel colombien qu'il prévenait des opérations des forces de l'ordre panaméennes.

Les saisies se multiplient dans tous les pays d'Amérique centrale et au Mexique - dont une prise record de 20 tonnes de cocaïne en mars au Panama - et les autorités se vantent régulièrement d'arrestations de barons de la drogue, mais le prix de la drogue reste stable, ce qui discrédite tout affaiblissement des filières d'approvisionnement.

(ats)

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