Etats-Unis - La Cour suprême remaniée par Trump se saisit du droit à l’avortement
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États-UnisLa Cour suprême remaniée par Trump se saisit du droit à l’avortement

La haute juridiction américaine a accepté lundi de se pencher sur l’épineuse question de l’IVG. Les «pro-life» prient pour un revirement de la loi.

La Cour suprême des États-Unis va examiner une loi du Mississippi qui interdit la plupart des avortements à partir de la 15e semaine de grossesse, laissant les «pro-life» espérer un changement de la législation.

La Cour suprême des États-Unis va examiner une loi du Mississippi qui interdit la plupart des avortements à partir de la 15e semaine de grossesse, laissant les «pro-life» espérer un changement de la législation.

AFP

La Cour suprême des États-Unis a accepté lundi de se pencher à nouveau sur le droit des femmes à avorter, ce qui, compte tenu de sa solide majorité conservatrice, laisse augurer un revirement historique en faveur des opposants aux interruptions de grossesse.

La haute juridiction, dont un tiers des neuf juges ont été nommés par Donald Trump, examinera dans quelques mois une loi de l’État du Mississippi qui interdit la plupart des avortements à partir de la 15e semaine de grossesse, même en cas de viol ou d’inceste.

«Les alarmes sonnent bruyamment face à cette menace», a immédiatement commenté Nancy Northup, la présidente du Center for Reproductive Rights qui a saisi la justice contre la loi du Mississippi. «La Cour suprême vient juste d’accepter d’étudier un texte qui, sans aucun doute, viole près de 50 ans de ses propres décisions», a-t-elle souligné.

La haute Cour a en effet reconnu en 1973 un droit constitutionnel à l’avortement dans son arrêt emblématique «Roe v. Wade». Elle a ensuite précisé que les femmes pouvaient avorter tant que le fœtus n’est «pas viable», ce qui correspond à environ 22 semaines de grossesse.

Une partie de la population, notamment dans les milieux religieux, reste farouchement opposée aux interruptions volontaires de grossesse (IVG) et les États conservateurs, notamment dans le sud et le centre du pays, ont adopté, au fil du temps, des lois pour restreindre l’accès des femmes à ces interventions.

Mais les lois qui contredisent directement le cadre fixé par la Cour suprême, notamment celles interdisant tous les avortements ou limitant les IVG aux premières semaines de grossesse, ont jusqu’ici été systématiquement invalidées par les tribunaux. La loi du Mississippi, qui date de 2018, avait ainsi été bloquée en première instance puis en appel. Ses auteurs avaient alors décidé d’introduire un recours devant le temple du Droit.

La Cour suprême aurait pu refuser de s’en saisir, comme elle le fait dans l’immense majorité des cas, ce qui aurait validé les décisions précédentes. En acceptant d’examiner le recours, elle laisse entendre qu’elle pourrait les infléchir.

«Une cour compromise»

Sa décision a été applaudie par les opposants à l’avortement. «C’est une occasion historique pour la Cour suprême de reconnaître le droit des États à protéger les enfants non-nés des horreurs d’avortements douloureux et tardifs», a notamment déclaré Marjorie Dannenfelser, présidente du groupe Susan B. Anthony List.

Très inquiets, les défenseurs du droit des femmes à disposer de leurs corps leur ont reproché d’instrumentaliser la nouvelle composition de la Cour. «Des politiques anti-avortement ont abusé de leurs pouvoirs pour ce moment précis: donner l’opportunité à une Cour suprême compromise de nous enlever le droit à avorter», a déploré Alexis McGill Johnson, la présidente de Planned Parenthood, qui gère de nombreuses cliniques pratiquant des IVG.

Au cours de son mandat, Donald Trump a fait entrer trois magistrats à la Cour suprême, dont deux ont remplacé des juges protecteurs des droits des femmes: le conservateur Brett Kavanaugh a succédé en 2018 au modéré Anthony Kennedy, puis Amy Coney Barrett, une fervente catholique opposée à l’avortement, a remplacé la championne féministe Ruth Bader Ginsburg décédée en septembre 2020.

Leur arrivée à la Cour a galvanisé les opposants à l’avortement et les États ont multiplié les textes restrictifs dans l’espoir de lui fournir une occasion de se saisir à nouveau du sujet. Selon Planned Parenthood, plus de 500 restrictions à l’avortement ont été adoptées depuis le début de l’année.

Selon les experts, il est probable que la haute juridiction, qui rendra sa décision en 2022, n’invalide pas totalement l’arrêt Roe v. Wade mais en diminue la portée, en fournissant de plus en plus de latitude aux États pour interdire les IVG, ce qui risque d’augmenter les disparités territoriales dans le pays.

Dans le Mississippi, un État de la Bible Belt, seule une clinique réalise actuellement des avortements, dans la ville de Jackson. Sa directrice Shannon Brewer a exprimé lundi sa «frustration» face au recul prévisible de la Cour suprême. «Les femmes endurent déjà tellement pour arriver jusqu’à nous», a-t-elle souligné lors d’une conférence de presse. «On va encore faire un pas en arrière, ce n’est bon pour personne.»

(AFP)

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