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AustralieLa crainte d'un «effet 11 septembre» plane

Alors que le pays se recueille après la prise d'otages de lundi, qui a fait trois morts, la population s'interroge et craint un effet boule de neige.

A l'heure où des milliers d'Australiens défilent dans le centre de Sydney pour rendre hommage aux deux victimes de la prise d'otages de lundi, les critiques fusent contre le Premier ministre Tony Abbott et son gouvernement. Du côté des experts, mis à part une deuxième attaque, on craint surtout une surréaction des décideurs.

«Il faut que l'Etat fasse un meilleur travail d'intégration auprès des étrangers de confession musulmane», martèle Tianne, qui a parcouru plusieurs centaines de kilomètres pour venir déposer des fleurs sur la Martin Place et montrer sa solidarité aux victimes.

«Et le gouvernement doit arrêter ses tueries en Irak et en Syrie, notre action à l'international ne doit être qu'humanitaire», ajoute, sur les nerfs, cette Australienne de 54 ans.

Comme elle, Steven enjoint ses compatriotes à ne pas céder à la peur. «On ne doit pas redouter d'autres attaques, il n'y a pas de raison à cela», affirme le jeune étudiant de 26 ans, ému. «L'Etat doit simplement prendre les bonnes mesures pour que cela ne se reproduise pas.»

Risque d'imitation

Le risque d'une deuxième attaque, imminente, existe pourtant bel et bien, selon les experts. «Avec un tel événement, qui a eu une résonance mondiale, on peut craindre un phénomène d'imitation dans les semaines à venir, quelque part dans le monde occidental», explique à l'ATS Peter Jennings, expert en sécurité et gestion de crises à l'Institut australien de politique stratégique (Aspi).

Selon lui, les autorités de Canberra vont prendre des mesures de sécurité à court terme et relever à «maximal» le niveau d'alerte terroriste. Les techniques d'investigation et d'intervention de la police devraient aussi être améliorées, tout comme le suivi des sujets perçus comme «à risques», surtout dans les grandes villes de Sydney et Melbourne.

Danger pour les musulmans

Suzanna Fay-Ramirez redoute, avec ces nouvelles mesures, «une marginalisation des musulmans comme à la suite du 11 septembre aux Etats-Unis». Pour l'éviter, «le gouvernement doit bien faire attention à apporter une réponse proportionnée et conserver de bons rapports avec la communauté musulmane», souligne cette experte en sciences criminelles de l'Université du Queensland.

Sur Martin Place, à quelques mètres du Café Lindt encore bouclé par les banderoles de police, les Australiens ne semblent pas faire l'amalgame entre islam et terrorisme. De nombreux musulmans sont venus, eux aussi, déposer des gerbes de fleurs.

La plupart des reproches, même ceux relevant de théories des plus cocasses, sont orientés contre le gouvernement de M. Abbott. «C'est comme avec le 11 septembre, s'exclame Joel, 50 ans. Les dirigeants se cachent d'une manière ou d'une autre derrière cette prise d'otages pour justifier auprès des Australiens leur action au Moyen-Orient.»

L'Australie soutient financièrement et matériellement la coalition internationale organisée par les Etats-Unis contre l'Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak. Les autorités craignent depuis des mois des attaques de la part de musulmans australiens de retour des combats.

Ne pas répandre la peur

Pour Mme Fay-Ramirez, les décideurs ont une chance d'améliorer leur image auprès de la population «s'ils répondent de manière responsable, et pas exagérée», à la menace. «Et c'est un sacré défi dans une société démocratique», renchérit Peter Jennings.

«Par exemple, comment mieux surveiller des personnes «à risques» et ayant déjà eu des démêlés avec la justice sans faire obstacle au respect de la sphère privée individuelle?» s'interroge-t-il.

Vis-à-vis de la population, «il faut trouver un équilibre entre générer une prise de conscience et ne pas répandre la peur», selon l'experte en sciences criminelles. En évitant de «tomber dans le piège du 11 septembre» et en veillant à ce que l'Australie demeure un pays «ouvert et tolérant».

Elle critique le fait qu'au lendemain de la prise d'otages, la police ait invité les citoyens à lui signaler tout soupçon d'activité criminelle. Pour elle, c'est «ouvrir la porte ouverte à la peur, à la marginalisation et à de dangereux débordements».

La prise d'otages du Café Lindt a été «un premier choc» pour les Australiens par rapport au terrorisme, rappelle M. Jennings. «Ils vont certainement désormais se sentir davantage concernés par la politique internationale, mais il ne faudrait pas qu'ils vivent la peur au ventre quotidiennement.» (ats)

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