Guerre en Ukraine – La crainte d’un conflit nucléaire s’empare du Parlement suisse

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Guerre en UkraineLa crainte d’un conflit nucléaire s’empare du Parlement suisse

La crise ukrainienne pose de multiples et nouvelles questions au Conseil national ce lundi: la radioactivité, la protection des civils ou encore la création d’une task force Ukraine.

par
Eric Felley
La menace nucléaire (ici la centrale désaffectée de Tchernobyl) inquiète les parlementaires.

La menace nucléaire (ici la centrale désaffectée de Tchernobyl) inquiète les parlementaires.

lematin.ch/gettyimages

La semaine dernière, le rappel de la menace nucléaire par Vladimir Poutine et les tirs de l’armée russe à proximité des réacteurs de Zaporozye ont fait monter la pression au Parlement. Après la pandémie du Covid-19, la guerre en Ukraine a ouvert un nouveau chantier sous la Coupole. Un débat urgent est prévu, la troisième semaine, sur le sujet mais lundi, à l’heure des questions, les parlementaires veulent des réponses.

Quelles dispositions pour protéger la population suisse?

«Les troupes russes ont pris le contrôle de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl, constate Martina Munz (PS/SH). Le réacteur accidenté ne peut plus être considéré comme sûr». La conseillère nationale demande donc à Ignazio Cassis: «Quelles considérations stratégiques pourraient pousser la Russie à détruire délibérément le sarcophage et le dépôt nucléaire?» De façon générale, elle demande quelles sont les dispositions prises par les autorités suisses «pour protéger la population en cas d’augmentation des valeurs de radioactivité mesurées?»

Quid de la destruction mutuelle?

Le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi (UDC/ZG), a des questions plus pointues en cas d’escalade du conflit: «Le Conseil fédéral pense-t-il qu’en cas de première frappe nucléaire par une puissance, la riposte serait dévastatrice et que la théorie de l’équilibre de Nash reste d’actualité? La doctrine de la destruction mutuelle assurée s’applique-t-elle à des acteurs qui agissent de manière irrationnelle ou perd-elle sa pertinence dans ces cas-là?» Accessoirement, quel serait le sort de la Suisse dans pareille situation?

Ratifier enfin le traité

Pour Claudia Friedl (PS/SG), ce serait l’occasion pour la Suisse de ratifier enfin le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Les Chambres fédérales ont demandé plusieurs fois au Conseil fédéral de signer ce traité et de le soumettre au Parlement pour sa ratification, mais il ne l’a pas fait.  «Ne serait-ce pas le bon moment? s’interroge-t-elle. Que pense-t-il de la menace proférée par la Russie de recourir à l’arme nucléaire?»

Protection des civils

Laurent Wehrli (PLR/VD) constate que malheureusement «les civils sont les premières victimes des conflits armés, comme en Ukraine», en particulier par l’usage des armes explosives en zones peuplées: «Le Conseil fédéral a-t-il l’intention lors du prochain cycle de négociations de soutenir la recommandation du secrétaire général de l’ONU et du président du CICR selon laquelle les États doivent éviter l’usage d’armes explosives à large rayon d’impact en zones peuplées?»

Une task force Ukraine?

Sibel Arslan (Vert.e.s/BS) observe que la situation en Ukraine ne cesse de s’aggraver, et le nombre de réfugiés augmente. La Suisse a déjà agi et réagi à de nombreux niveaux: «Le Conseil fédéral dispose-t-il d’un plan ou d’une stratégie globale pour gérer les conséquences de cette guerre insensée, s’interroge-t-elle, notamment pour ce qui est des réfugiés, de l’aide sur place et des répercussions économiques? Y a-t-il une task force dédiée à ce dossier?»

Combien de milliards russes sont partis?

Samira Marti (PS/BL) rappelle que le Conseil fédéral a mis plusieurs jours avant d’adopter l’intégralité des sanctions prises par l’UE pour geler les avoirs que des citoyens russes détiennent en Suisse: «Pendant ces cinq jours, demande-t-elle, combien de milliards de francs ont été transférés par des oligarques russes vers d’autres États ou placés sous d’autres formes? Combien de milliards de francs s’élèvent les dommages que le Conseil fédéral a causés en retardant l’adoption des sanctions prises en réaction à l’invasion ordonnée par le président Poutine?»

Réintroduction de la munition de poche

Pour Jean-Luc Addor (UDC/VS), les conséquences de cette guerre pourraient inciter l’armée suisse à réintroduire la munition de poche: «Un soldat en uniforme avec une arme est une cible potentielle, constate-t-il. Mais comment peut-il se défendre, s’il le faut, sans munition, en particulier durant le processus de mobilisation? Dans le cadre des réflexions que la guerre en Ukraine va nous obliger à faire, le Conseil fédéral est-il prêt à réexaminer l’opportunité de réintroduire la munition de poche?»

Quel gaz pour l’hiver prochain?

Gabriela Suter (PS/AG) revient sur le fait que le gaz couvre environ 15% des besoins énergétiques de la Suisse et que près de la moitié de ce gaz vient de Russie: «Quelles sont, à court et moyen termes, demande-t-elle, les options autres que l’achat de gaz russe et quelles mesures le Conseil fédéral prend-il pour garantir un approvisionnement en gaz abordable également pour l’hiver 2022-2023?»

Quid de la milice Wagner?

Nicolas Walder (Vert.e.s/GE) s’inquiète de la présence du groupe paramilitaire Wagner en Ukraine, qui constitue une menace pour les droits fondamentaux: «Le Conseil fédéral entend-il adopter des sanctions à l’égard du groupe Wagner et de son financier, l’oligarque Eugueni Prigojine?»

Combien de riches Russes sous sanctions?

Hans-Peter Portmann (PLR/ZH) constate que le SECO et la FINMA ont demandé aux banques suisses d’indiquer les citoyens russes sanctionnés avec lesquels elles entretiennent des relations d’affaires. «La place financière avait déjà pris ses propres dispositions, affirme-t-il, et rejette catégoriquement les accusations de contournement des sanctions». Il ajoute qu’on peut «plutôt présumer que la majeure partie des fonds appartenant aux citoyens russes sanctionnés se trouvent à l’étranger». Il veut savoir toutefois «quel est le nombre de citoyens russes concernés par les sanctions qui ont été signalés et dont les comptes ne sont pas encore bloqués?»

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