Diplomatie: La crédibilité de l'ONU à l'épreuve de la Syrie
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DiplomatieLa crédibilité de l'ONU à l'épreuve de la Syrie

L'organisation censée garantir la paix dans le monde est impuissante face au désastre syrien. Certains s'inquiètent pour son avenir.

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Des dizaines de milliers de civils déplacés sont rentrés dimanche chez eux dans le sud syrien à la faveur d'un accord entre les rebelles et le régime de Bachar al-Assad. (Dimanche 8 juillet 2018)

Des dizaines de milliers de civils déplacés sont rentrés dimanche chez eux dans le sud syrien à la faveur d'un accord entre les rebelles et le régime de Bachar al-Assad. (Dimanche 8 juillet 2018)

Keystone
L'EI annonce la mort d'un fils de son chef en Syrie. (Mardi 3 juillet 2018)

L'EI annonce la mort d'un fils de son chef en Syrie. (Mardi 3 juillet 2018)

Keystone
Plus d'un quart de million de Syriens ont déjà fui l'offensive du régime sur les régions rebelles du sud de la Syrie, selon l'ONU. (Lundi 2 juillet 2018)

Plus d'un quart de million de Syriens ont déjà fui l'offensive du régime sur les régions rebelles du sud de la Syrie, selon l'ONU. (Lundi 2 juillet 2018)

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Un cessez-le-feu exigé à l'unanimité et une dizaine de jours après, rien. Pire, dans la Ghouta orientale, le régime syrien, soutenu par la Russie, a accéléré sa reprise territoriale. La crédibilité de l'ONU est en jeu, estiment des experts.

Pour plusieurs membres du Conseil de sécurité, des experts ou des ONG, interrogés par l'AFP, c'est un même constat: l'impuissance voire, pour certains, une perte de crédibilité de l'organisation censée garantir la paix dans le monde.

«Prenons garde que la tragédie syrienne ne soit pas aussi le tombeau des Nations unies!»... Avec cette phrase choc, l'ambassadeur français François Delattre a récemment voulu réveiller les consciences. Son inquiétude sur le devenir de l'ONU ne semble cependant pas partagée.

Violents combats dans la Goutha

Le gouvernement syrien a repris 10% de l'enclave rebelle proche de Damas, cible d'une campagne aérienne meurtrière.

Pour l'ambassadeur britannique adjoint à l'ONU Jonathan Allen, «le Conseil de sécurité a échoué à l'égard du peuple syrien» en raison d'oppositions de la Russie. Mais «la Syrie ne signifie pas la fin du Conseil de sécurité», ajoute-t-il, et son action continuera pour sauver des vies et tenter d'empêcher des atrocités.

Syrie: premières aides dans la Ghouta orientale

Un convoi d'aides est entré lundi dans la partie rebelle de la Ghouta orientale pour la première fois depuis le début d'une offensive meurtrière du régime contre cette enclave, en proie à un drame humanitaire.

Bombarder Damas

En dépit de son insistance humanitaire, seuls deux convois de l'ONU ont été autorisés par Damas depuis le début 2018 vers des zones assiégées, notait mercredi un responsable de l'ONU. Il s'exprimait lors d'une réunion «urgente» du Conseil de sécurité qui n'a donné lieu à aucune nouvelle initiative forte pour changer la donne.

«Ce n'est pas ce que l'on fait à l'ONU», explique avec franchise un diplomate sous couvert d'anonymat en rappelant que les consensus ou divisions sont surtout décidés par les capitales des pays membres. «Le changement de jeu» en Syrie, «ce serait si (les présidents français et américain) Emmanuel Macron et Donald Trump bombardaient Damas», ajoute-t-il.

Membre de l'International Peace Institute (IPI) à New York, Alexandra Novosseloff abonde. L'ONU n'est qu'«un instrument aux mains de ses Etats membres». Ce «n'est pas que le Conseil de sécurité», mais aussi tout un «système» et «des agences sur le terrain, qui tentent d'apporter une aide humanitaire, quand elles sont autorisées à avoir accès aux populations». Donc, «il faut blâmer les Etats, certains Etats, pas l'ONU dans son ensemble».

Mettre la pression

Un point de vue auquel adhère Richard Gowan de l'European Council for Foreign Relations. «Il est injuste de blâmer l'ONU dans son ensemble pour les échecs du Conseil de sécurité. Beaucoup de fonctionnaires de l'ONU, en fait, nombre de diplomates du conseil, ont usé leurs nerfs à essayer de mettre fin à la guerre».

Depuis son exigence d'une trêve, le Conseil de sécurité enchaîne les réunions. Après deux premières rencontres, au moins quatre nouvelles sessions sont prévues en mars, dont la prochaine lundi avec le chef de l'ONU António Guterres, plutôt discret sur le dossier syrien.

«Si le Conseil de sécurité ne se réunissait pas et si l'on ne s'efforçait pas de faire appliquer la résolution» exigeant un cessez-le-feu, «on nous demanderait ce que l'on fait», se justifie un diplomate. Ces rencontres visent à mettre la pression sur Moscou. Depuis le début de la guerre en 2011, «le Conseil de sécurité n'a pas beaucoup de crédibilité sur la Syrie», résume Louis Charbonneau de l'ONG Human Rights Watch. Et de prédire: «Si le conseil ne fait pas appliquer ses propres résolutions (...) alors il perdra les lambeaux de crédibilité qui lui restent».

Tous complices

Pour les Etats-Unis, la responsabilité est à imputer à la Russie, qui ne pèse pas assez sur le régime syrien et «continue de mener des raids aériens dans la Ghouta avec ses propres avions». «La Russie a repoussé plusieurs fois l'adoption de la résolution» sur la trêve «et ses réticences à la voter s'expliquent maintenant: elle n'avait pas l'intention de l'appliquer», affirme à l'AFP un responsable américain sous couvert d'anonymat.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès de la mission diplomatique russe. Ces derniers mois, Moscou a plusieurs fois assuré vouloir l'arrêt des combats en Syrie, affirmant à ses partenaires ne pas pouvoir imposer toutes ses vues à Damas. «La réalité est que la Russie a utilisé le conseil comme un moyen de compliquer et de ralentir les efforts de paix en Syrie», explique M. Gowan. Et «les Etats-Unis et leurs alliés sont dans une certaine mesure complices».

«Ils ont toujours su que la Russie jouait avec le système, alors que le seul moyen d'arrêter aurait été d'intervenir militairement en Syrie ou de céder à Bachar el-Assad. Au lieu de cela, Washington et ses amis sont revenus sans cesse à New York et à Genève pour davantage de jeux diplomatiques. Personne en fait ne s'est jamais assez soucié du peuple syrien pour arrêter la guerre». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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