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GenèveLa crise du logement coûte 700 millions à l'économie

Une étude académique a calculé le manque à gagner causé par les actifs qui travaillent à Genève mais n'y habitent pas.

par
David Ramseyer
Dans le Grand Genève, les personnes actives consomment surtout à proximité de leur domicile, pas près de leur lieu de travail.

Dans le Grand Genève, les personnes actives consomment surtout à proximité de leur domicile, pas près de leur lieu de travail.

Keystone/Martin Ruetschi

«Les pertes sont considérables pour le Canton», s'émeut le conseiller d'Etat chargé de l'aménagement. Antonio Hodgers et la Chambre genevoise de commerce ont présenté ce mardi une étude de la Haute école de gestion qui chiffre pour la première fois le coût économique du manque de logements au bout du lac. Il se monterait à des centaines de millions de francs.

Dépenser chez soi, pas au boulot

Un tiers des actifs à Genève - soit environ 100'000 personnes - n'habitent en effet pas le canton mais en France voisine pour la grande majorité d'entre eux, ou dans le district de Nyon (VD). Sauf pour sortir le soir, «ces gens consomment principalement sur le lieu de résidence, notamment pour faire leurs courses», souligne le professeur Giovanni Fero-Luzzi, qui a dirigé l'enquête. Celle-ci estime ainsi que les pertes pour l'économie genevoise, notamment le commerce de détail, se chiffrent entre 528 et 704 millions de fr. par an, soit de 1,1% à 1,5% du produit intérieur brut (PIB) du Canton.

L'enquête montre aussi que 39% des actifs qui vivent hors du canton seraient prêts à revenir s'ils y trouvaient des conditions équivalentes à ce qu'ils connaissent actuellement, notamment en matière de loyer, de confort ou d'accès à la propriété. Ces gens consommeraient alors localement, pour le plus grand bonheur de l'économie genevoise.

Construire plus pour gagner plus

Selon Antonio Hodgers, ces résultats «cassent l'idée reçue que construire du logement, c'est s'appauvrir. Ce n'est pas vrai!»

Il voit dans les conclusions de cette étude une invitation à développer et densifier les grands projets d'habitations, comme le projet Praille-Acacias-Vernets, mais aussi à concentrer les efforts en zone de développement pour maîtriser les loyers.

Le conseiller d'Etat souligne aussi le besoin de propriétés par étages, puisque nombre de personnes sondées indiquent que l'opportunité d'acheter un logement à meilleur prix les a motivé à s'installer hors des frontières cantonale. Autre critère pour ces personnes: la qualité de vie sur leur lieu de domicile. «Il faut donc développer à Genève les écoquartiers», souligne le magistrat.

Un discours qui fait sourire la Chambre genevoise immobilière. Son secrétaire général Christophe Aumeunier estime que depuis une trentaine d'années, la politique cantonale en matière de logement force ceux qui veulent devenir propriétaires à s'expatrier. «Les résultats de cette enquête constituent donc une excellente nouvelle: elle rappelle au Conseil d'Etat qu'avoir des propriétaires à Genève est essentiel pour notre économie».

Les raisons d'un exil

Qualité de vie, accès à la propriété et prix du logement constituent les trois raisons principales qui ont incité des milliers de Genevois à quitter leur terre pour s'installer ailleurs. L'étude de la Haute école de gestion s'est aussi intéressée à ce qui poussent ces expatriés à ne pas revenir dans leur canton d'origine. Les arguments économiques ne sont pas majoritaires - et de loin. Les personnes interrogées mettent surtout en avant le besoin de conserver leur cadre de vie et leur réseau social (amis, familles, etc.).

L'enquête, débutée en juin 2016, a porté sur un panel d'environ 600 personnes, réparties équitablement entre les départements français de la Haute-Savoie et de l'Ain ainsi que le district de Nyon (VD).

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