Santé: La cybercondrie guette les internautes
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SantéLa cybercondrie guette les internautes

A haute dose, chercher sur le web une explication au moindre bobo peut entraîner de graves effets secondaires.

par
Caroline Goldschmid

Taper dans Google le petit souci de santé qui nous tracasse depuis quelques jours, comme une tache rouge qui démange sur la peau, un aphte, un mal de tête ou une toux persistante? Nous sommes 42,5% des Suisses dans ce cas, selon un sondage réalisé par l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Et la tendance est à la hausse. Aux Etats-Unis, ils sont huit sur dix, dont les trois quarts n'analysent ni la qualité, ni la validité, ni la date de l'information publiée.

D'après une étude récente de Microsoft, nombreux sont les hypocondriaques à s'autodiagnostiquer à l'aide d'internet. Et, sans surprise, les moteurs de recherche ont tendance à aggraver leur malaise. Dernier avatar de l'hypocondrie, cet état pathologique caractérisé par une préoccupation excessive et anxieuse de son état de santé, la cyberchondrie se manifeste même chez les plus rationnels d'entre nous. Les cybercondriaques enquêtant sur un symptôme sont le plus souvent tentés de considérer le diagnostic le plus grave.

«Je vois fréquemment arriver des patients dans mon cabinet avec plusieurs feuilles imprimées d'internet. Ils m'annoncent qu'ils sont persuadés d'avoir telle ou telle maladie. Souvent, le jugement est erroné, les choses sont vues pires que ce qu'elles sont. Car, pour se faire une bonne opinion, il faut être initié au domaine. Dix minutes de recherches sur la Toile n'équivalent pas à vingt ans de médecine!» se désole un médecin généraliste de la Riviera.

Thomas Bischoff, directeur de l'Institut universitaire de médecine générale de la Faculté de médecine de Lausanne, constate, lui, qu'internet n'aide pas à mieux informer les gens. «Les mêmes questions et incertitudes reviennent année après année. J'estime toutefois que cette tendance à se renseigner sur le net en premier ne porte pas préjudice à notre profession car, après, les gens nous consultent pour être rassurés.»

En quelques clics, se croire condamné

Afin de mieux se rendre compte de l'ampleur des dégâts que peut causer une tentative d'autodiagnostic à l'aide d'internet, il suffit de faire le test! Voici les premiers liens qui apparaissent lorsqu'on tape «tache rouge peau» dans Google: mycose de la peau, maladies de la peau, cancer de la peau, eczéma, champignon, acné, psoriasis.... et même le VIH!

Du fait de son caractère effrayant, l'internaute est forcément tenté de cliquer sur «cancer de la peau» en premier. Le lien le mène alors sur le site d'un docteur qui lui explique en détail les différents types de cancers cutanés, ce qui les provoque, comment les reconnaître, etc. Plus bas, des photos peu ragoûtantes font froid dans le dos. La tension monte à l'idée que les fameuses rougeurs dissimulent bel et bien un cancer.

De moins en moins à l'aise, le cyberchondriaque revient en arrière pour lire, tout de même, ce qui est publié sur le VIH. Il atterrit sur un site de lutte contre le VIH/sida, qui décrit les «manifestations extra-hépatites» liées à l'hépatite C. Dont font partie le purpura vasculaire (petites taches rouges sur la peau), le lichen plan (boutons rougeâtres)...

Au secours! Zou, on court chez le médecin pour se faire rassurer!

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