Gabon - La décharge publique, unique moyen de survie pour des enfants
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GabonLa décharge publique, unique moyen de survie pour des enfants

Au Gabon, des dizaines d’enfants vivent tant bien que mal dans la décharge publique de Mindoubé. Au péril de leur vie, ils fouillent les déchets à la recherche de métaux à vendre.

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La pandémie de coronavirus a également eu des effets économiques au Gabon. Selon une ONG, Les Guerriers du social, «de plus en plus d’enfants viennent travailler à la décharge depuis un an».

La pandémie de coronavirus a également eu des effets économiques au Gabon. Selon une ONG, Les Guerriers du social, «de plus en plus d’enfants viennent travailler à la décharge depuis un an».

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À Mindoubé, seule décharge de la capitale du Gabon, Libreville, des camions déchargent chaque jour 800 tonnes de déchets.

À Mindoubé, seule décharge de la capitale du Gabon, Libreville, des camions déchargent chaque jour 800 tonnes de déchets.

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Des dizaines d’enfants vivent et travaillent à Mindoubé. Des habitations de fortune, en tôle ou en matériaux de récupération, sont construites sur la décharge, qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres.

Des dizaines d’enfants vivent et travaillent à Mindoubé. Des habitations de fortune, en tôle ou en matériaux de récupération, sont construites sur la décharge, qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres.

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Larry trimballe tant bien que mal un sac plus grand que lui, rempli de ferraille. En haillons et les bottes en caoutchouc pleines de terre, ce chétif garçon de 8 ans déambule dans la décharge de Mindoubé, dans la capitale gabonaise Libreville, à la recherche d’objets en cuivre ou en aluminium qu’il pourra ensuite revendre.

Comme lui, des dizaines d’enfants vivent et travaillent à Mindoubé, sous une chaleur accablante. Une odeur pestilentielle émane de la montagne d’immondices haute de plusieurs dizaines de mètres. Des habitations de fortune, en tôles et en matériaux de récupération, sont construites sur la décharge, qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres.

Huit cents tonnes par jour

Un tas d’objets électroniques, tels des téléviseurs ou des ordinateurs, sont brûlés pour récupérer le cuivre, et une fumée âcre empeste tout le quartier. Des camions-bennes déversent quotidiennement à Mindoubé, seule décharge à Libreville, 800 tonnes de déchets.

Des pelleteuses poussent les ordures dans un brouhaha permanent. Au milieu de ce pandémonium, des enfants errent à la recherche du cuivre, qu’ils pourront vendre 2000 francs CFA le kilo, près de 3,30 francs suisses.

«Je n’ai pas le choix…»

«J’y travaille 15 heures par jour», témoigne Larry, qui vient à Mindoubé depuis plusieurs mois. «Je ne vais plus à l’école, je n’ai pas le choix, je gagne quelques milliers de francs par jour», poursuit-il, le regard figé dans le vide, sur la décharge.

Au même moment, un enfant balance un pot de peinture vide sous les pneus d’un camion-benne, qui recule pour tenter de l’aplatir. Le garçon, au T-shirt beaucoup trop grand pour son corps frêle, se tient à quelques centimètres de la roue du véhicule.

«Recule toi, ne te mets pas aussi près!» hurle Grâce Ongo-Mbou, présidente de l’association Les Guerriers du social. «C’est pour gagner quelques francs seulement qu’il met sa vie en danger», se désole-t-elle. Son ONG fait de la sensibilisation pour les enfants qui travaillent sur la décharge, en les poussant à aller à l’école ou en organisant des rencontres sportives.

«L’État doit interdire le travail des enfants sur la décharge. Tu peux trouver des enfants de 5 ans ici, il y a des enfants qui meurent aussi, sous des camions, qui sont mutilés. Ça me tue de voir des enfants qui fouillent dans la poubelle», poursuit-elle.

Un Gabonais sur trois sous le seuil de pauvreté

Le Gabon, petit pays d’Afrique centrale de deux millions d’âmes, est un des plus gros producteurs de pétrole du continent, et un des plus riches par habitant de la région. Mais selon la Banque mondiale, un tiers de la population vivait en 2017 sous le seuil de pauvreté.

Et la situation a empiré depuis le début de l’épidémie de coronavirus, qui a fortement ralenti l’économie. «Nous voyons de plus en plus d’enfants venir travailler à la décharge depuis un an», déplore Roselin Bendome, militante des Guerriers du social. «L’Etat doit les prendre en charge.»

«Nous nous forçons»

Maladies respiratoires, éruptions cutanées, les problèmes sanitaires sont nombreux pour les récupérateurs. «J’ai peur pour ma santé, mais nous nous forçons, nous sommes obligés de faire cela», lâche Ekomi, 12 ans, qui vient à la décharge depuis deux semaines.

Daniel s’y balade torse nu. Une énorme balafre barre la poitrine de cet ado de 17 ans. «Je me suis blessé avec une barre de fer», confie-t-il. Il vient à la décharge pour «faire un peu de sous et pour aider la famille».

Vingt-cinq francs par jour

Le jeune homme râblé affirme pouvoir gagner chaque jour près de 15’000 francs CFA, environ 25 francs suisses. Daniel vit seul dans une petite habitation de fortune en palettes de bois. Une glacière fait office de rangement pour ses vêtements.

«C’est notre gagne-pain, notre quotidien», raconte de son côté Crépin, un jeune de 20 ans, qui travaille depuis cinq ans dans la décharge. Il porte un T-shirt sur la tête pour se prémunir du soleil, traîne un sac rempli de cuivre. Crépin n’a d’autre choix pour survivre que de venir travailler à la décharge, dans un pays au taux de chômage qui touchait, en 2020, selon la Banque mondiale, 20% de la population.

(AFP)

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