Actualisé 24.10.2014 à 18:35

Procès Weil

La défense fait du témoin clé un bouc émissaire

Certaines scènes pénibles ont marqué le contre-interrogatoire du témoin clé Martin Liechti, mené dans le cadre du procès de Raoul Weil, ex-numéro trois d'UBS, aux Etats-Unis.

Certaines scènes pénibles ont marqué le contre-interrogatoire du témoin clé Martin Liechti, mené dans le cadre du procès de Raoul Weil, ex-numéro trois d'UBS. Des attaques verbales ont éclaté lors de l'audience qui s'est déroulée vendredi devant le tribunal de Fort Lauderdale, en Floride. Le témoin n'a toutefois pas plié.

Le témoin principal Martin Liechti, proche collaborateur de l'accusé, a reçu en février 2008 une note interne de la banque lui signifiant que tous ses e-mails avaient été archivés. «Plusieurs personnes m'ont averti que je devais être prêt à tout. Ce jour-là, j'ai senti pour la première fois que la banque me laissait tomber - et ce après 28 ans de service», a-t-il déclaré, fondant en larmes.

A l'époque, M. Liechti a alors immédiatement commencé à recueillir d'anciens documents. Deux mois plus tard, il était arrêté lors d'un voyage aux Etats-Unis et n'a plus jamais revu son bureau.

Il avait récolté ces documents pour se couvrir: «je ne voulais pas avoir un jour l'air d'un coupable». L'avocat de Raoul Weil, Matthew Menchel, est alors intervenu, accusant le témoin d'avoir recueilli ces preuves pour sa défense, en étant conscient d'avoir agi de manière criminelle.

Martin Liechti a alors contredit cette version des faits. Il entendait seulement documenter le fait que ses trois plus proches collaborateurs, son supérieur Raoul Weil, le futur patron d'UBS Marcel Rohner et le futur président du conseil d'administration Peter Kurer avaient à tout moment eu le même niveau de connaissance que lui.

Vifs échanges

L'avocat de la défense est alors devenu plus agressif, voulant «regarder à l'intérieur du cerveau de M. Liechti». Ce dernier a répliqué: «cela va être difficile, certaines choses sont privées». Peu après, les deux hommes se sont à nouveau affrontés sur la signification précise en anglais de certaines expressions allemandes.

L'avocat voulait en effet mettre certains mots dans la bouche de Martin Liechti, ce à quoi ce dernier s'est opposé, proposant de poursuivre en français, sa langue maternelle, ou en allemand. «Voulez-vous un interprète?», a demandé l'avocat de la défense.

Martin Liechti s'est toutefois dit prêt à continuer en anglais, ne pouvant cependant s'empêcher de faire remarquer que tout le monde passerait encore beaucoup de temps dans la salle d'audience si cela continuait ainsi. L'avocat a alors déclaré: «j'ai tout mon temps», ce quoi le témoin a rétorqué: «moi aussi».

Pas de rapprochement

Sur le fond, aucune convergence n'a pu être trouvée. L'avocat de la défense a fait du témoin le seul bouc émissaire, l'accusant notamment de ne jamais avoir averti Raoul Weil des risques des activités aux Etats-Unis et, au contraire, de l'avoir dupé en lui assurant que tout était sous contrôle.

Selon lui, Martin Liechti a seulement voulu sauver sa peau lorsqu'il est devenu clair que la justice américaine enquêtait sur UBS.

Martin Liechti maintient toutefois sa vision des faits. Il a rappelé qu'il allait voir ses supérieurs chaque fois qu'il constatait des problèmes ou des risques pour la banque. Or, son supérieur hiérarchique était Raoul Weil.

L'accusation n'a pour l'heure pas fourni de preuves écrites. Il avait en effet été décidé de parler des problèmes en tête à tête ou par des notes manuscrites plutôt que par e-mails. Cette pratique pourrait entamer la crédibilité du témoin et permettre à Raoul Weil de se sortir de ce mauvais pas. Le procès devrait encore durer deux à trois semaines. (ats)

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