La dernière sorcière d'Europe réhabilitée
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La dernière sorcière d'Europe réhabilitée

Anna Göldi, surnommée la dernière sorcière d'Europe, sera réhabilitée.

Opposé jusqu'ici à cette démarche, le Conseil d'Etat glaronais a revu sa position: il a demandé mardi au parlement cantonal d'annuler la condamnation à mort prononcée en 1782.

En novembre 2007, le Grand Conseil avait adopté une motion demandant la réhabilitation de cette femme de 48 ans jugée coupable d'avoir ensorcelé une petite fille de huit ans. Selon des témoins, l'enfant aurait craché des aiguilles après avoir bu du lait.

A la place d'une réhabilitation, le Conseil d'Etat proposait jusqu'ici de réaliser et publier un travail scientifique sur la vie d'Anna Göldi. L'exécutif estimait que dans l'esprit des Glaronais, elle était déjà réhabilitée. L'Eglise protestante, à l'origine du jugement, refusait aussi d'annuler la condamnation.

«Une sanction incompréhensible»

Dans le texte transmis mardi au parlement, le gouvernement exécute la demande du législatif. Il indique que réhabiliter officiellement la prétendue sorcière représente bien plus que de confirmer son innocence. «Il s'agit d'annuler une sanction incompréhensible et inique, une grave erreur», écrit le Conseil d'Etat.

La condamnation a été prononcée par une instance, le conseil de l'Eglise protestante glaronaise, qui n'était pas habilitée à le faire. La peine de mort n'était en outre plus en vigueur.

Cela est d'autant plus étonnant que le jugement a été prononcé à l'époque des Lumières et que les juges se considéraient comme des personnes cultivées, ajoute le Conseil d'Etat. En réhabilitant Anna Göldi, ce dernier ne veut pas tirer un trait sur cette histoire. Le gouvernement accordera 120 000 francs au spectacle éponyme prochainement mis en scène.

L'amant a sauvé sa réputation

L'histoire d'Anna Göldi a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années en Suisse alémanique. Anna Göldi est la dernière femme à avoir été condamnée à mort pour sorcellerie en Europe, il y a 226 ans.

Un livre-enquête du journaliste Walter Hauser, sorti en juin 2007, démontre qu'il y a eu un complot des notables locaux contre la «sorcière» glaronaise. Il éclaire notamment le rôle de Johann Jakob Tschudi, membre du gouvernement, dont Anna Göldi était l'employée et la maîtresse. La fillette soi-disant ensorcelée était sa fille.

La réhabilitation de la «dernière sorcière d'Europe» est une victoire pour la fondation «Anna Göldi». Celle-ci entend non seulement maintenir le souvenir d'Anna Göldi, mais aussi s'engager pour les victimes contemporaines de jugements arbitraires. Depuis le 22 septembre 2007, Anna Göldi a aussi son musée à Mollis (GL). (ats)

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