Actualisé 24.06.2019 à 15:45

Blocage d'une mine de charbon

«La désobéissance civile est un symbole puissant»

Près de 6500 personnes ont bloqué l'accès à la mine de charbon la plus polluante d'Europe, dans la plus grande action de ce type jamais vue sur le continent. Reportage avec un groupe de Romands.

de
Pauline Rumpf

A l'aube samedi matin, une ambiance électrique régnait aux alentours de la mine de charbon de Hambach, en Allemagne. Et pour cause: les 6500 manifestants venus protester contre cette exploitation venaient d'apprendre qu'un petit groupe était parvenu à y pénétrer durant la nuit, immobilisant deux excavatrices et mettant le chantier à l'arrêt. Sous les chants, les slogans et les acclamations, le cortège s'est mis en marche pour rejoindre les lieux, formant une manifestation qui s'est étendue à perte de vue au milieu des champs d'éoliennes.

L'action, régie par les principes du pacifisme et de la désobéissance civile, avait pour but de passer les barrages policiers grâce à la force du nombre, pour immobiliser la mine par la présence des manifestants. Le cortège est toutefois resté bloqué une heure face à un premier blocus, pendant qu'un nouveau trajet se négociait.

Dispersion efficace

A peine repartis, les groupes se sont scindés pour traverser en courant les champs, sous le regard d'une vingtaine de policiers dépassés. Près de 3000 personnes ont alors été s'installer sur les rails servant à transporter le charbon hors de la mine, bloquant celle-ci et l'alimentation des centrales électriques alentour. Une autre partie, dont un groupe de Romands, est restée encerclée par les forces de l'ordre.

«Ça peut sembler un peu frustrant, mais c'est le principe d'une action collective, raconte Antoine, 23 ans. Notre groupe a occupé l'attention de la police pendant plusieurs heures, ce qui a permis à une autre partie du groupe d'atteindre son objectif.» Mis à part quelques jets de spray au poivre et quelques coups de matraque, militants et policiers se sont toutefois côtoyés avec calme et sang-froid. «Ça reste très impressionnant d'être face à ces armoires à glace», avaient prévenu les habitués.

Et lorsque la partie légale de la manifestation a été déclarée illégale, la pression policière s'est fait plus insistante. «Mais je ne me suis jamais sentie en danger», assure Gaëlle, 28 ans. Dans la foule, la réaction a été la création d'une chaîne humaine, mais aussi de sortir les sandwiches ou de jouer de l'harmonica.

«La force du symbole ne doit pas être sous-estimée»

Pour les Romands, la journée s'est terminée là, mais près d'un millier de personnes ont passé la nuit sur les rails, malgré le froid. Dotés de couvertures de survie et de sacs de couchage, ils n'ont toutefois pas eu le droit d'être ravitaillés par l'équipe restée au camp.

«On est un peu déçus de ne pas y être parvenus, concède Alice, 21 ans. Mais fiers d'avoir aidé à rendre cette action possible.» «C'est puissant d'avoir pu faire partie de la plus grande action de désobéissance civile d'Europe, juge Alex, 22 ans. Et même si on sait qu'on a peut-être pas eu un impact direct énorme sur l'empreinte carbone de cette journée, la force du symbole ne doit pas être sous-estimée.»

Forêt millénaire exploitée pour le l'électricité

Exploitée par la firme RWE, la mine emploie 1300 salariés et fournit 15% de la production de courant du Land. La forêt millénaire de Hambach qui s'y étendait autrefois regorge en effet de charbon. Ses derniers hectares existants (environ 220, sur 4200 en 1978) sont habités depuis six ans par des militants pour empêcher sa destruction. L'agrandissement annoncé de l'excavation a été suspendu par la justice en octobre, après le dépôt d'un recours.

«Se serrer les coudes», littéralement

Pour parvenir à leurs fins en restant pacifistes, les manifestants ont utilisé des techniques bien rodées. Ils ont parfois fait bloc en se tenant par les coudes, voire en s'emmêlant les jambes, afin d'éviter que l'un des leurs ne puisse être emmené par la police. Des stratégies de marche groupée ou de dispersion ont aussi été utilisées. «Ende Gelände» fonctionne sur une absence de hiérarchie, mais réunit de nombreux petits groupes organisés en cinq «doigts» d'une seule main.

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