Affaire Maudet: La direction du PLR suisse demande la tête de Maudet
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Affaire MaudetLa direction du PLR suisse demande la tête de Maudet

Après la présidence du PLR genevois, les dirigeants du parti national ont appelé au départ du magistrat. La situation reste bloquée.

par
David Ramseyer

«La confiance est perdue et nous ne voyons pas comment elle peut être restaurée.» Fort de ce constat, et après l'avoir entendu ce mercredi après-midi à Berne, le comité directeur du PLR Suisse a unanimement appelé à la démission du conseiller d'Etat Pierre Maudet, prévenu d'acceptation d'un avantage après son voyage controversé à Abou Dhabi.

«Un animal blessé, dans le déni»

«Ses mensonges successifs, qu'il a admis devant nous encore aujourd'hui (ndlr: mercredi), justifient cette décision», appuie le conseiller national neuchâtelois Philippe Bauer, qui a participé à la réunion. «Je veux croire qu'il saura maintenant prendre ses responsabilités». A voir. «L'animal blessé, dans le déni et qui ne parvient plus à jauger sa situation», comme le décrit un témoin de la réunion «tendue» de Berne, dit vouloir continuer à se battre. Et pour cause: statutairement, et légalement, rien n'oblige le Genevois à s'en aller. Pierre Maudet n'y compte d'ailleurs pas. Tout en demandant à son parti de garder la tête froide, il en appelle à la base du PLR et confirme qu'en l'état, il ne démissionnera pas, même si la pression est montée d'un cran.

Car quelques heures avant le comité directeur du PLR Suisse, le président de la section genevoise a pour la première fois publiquement réclamé le départ de Pierre Maudet, sur letemps.ch. Quatre des cinq autres membres de la présidence ont suivi Alexandre de Senarclens. Et ce, alors que la direction du parti avait ces derniers jours renoncé à prendre formellement position sur la question, en attendant une assemblée générale du PLR genevois. Prévue début décembre, celle-ci a été repoussée à janvier.

Impossible d'éviter le clash

Alexandre de Senarclens explique qu'un «apaisement de la situation, dans cette affaire, n'est plus possible. Par ailleurs, le PLR suisse m'a invité ce mercredi pour parler du sujet: je me devais donc de ne pas me dérober et d'avoir une position claire. Enfin, nous nous sommes rendus compte qu'il ne servait plus à rien de donner encore du temps à Pierre Maudet pour se décider. Nous devions prendre nos responsabilités».

Le président estime avoir «tenté d'éviter le clash jusqu'au bout». Mais selon lui, seule une démission du conseiller d'Etat peut aujourd'hui préserver l'intérêt du parti et des institutions: «Ce n'est pas la présidence qui est responsable de la crise. Il ne faut pas se tromper de coupable, il n'y a qu'un seul responsable», a-t-il déclaré au quotidien «Le Temps».

Chef du groupe PLR au Grand Conseil, Cyril Aellen va dans le même sens: «Le point de non-retour est atteint et le temps de la clarté est venu». Selon l'élu, il était important que la présidence prenne position avant la réunion lundi prochain du comité directeur. «La situation créée par l'attitude de Pierre Maudet est préjudiciable pour les institutions et le parti. Il doit en tirer les conclusions qui s'imposent.»

La direction montrée du doigt

Les déclarations d'Alexandre de Senarclens divisent cependant à l'interne. Ancien conseiller d'Etat et soutien affiché du magistrat, Guy-Olivier Segond dénonce un manque de sens politique, selon lui, en vue d'une élection partielle dictée par un possible départ de Pierre Maudet. «J'ajoute qu'une épreuve de force telle que celle-ci reste imprudente lorsqu'une assemblée générale s'annonce.»

Un membre du comité directeur, qui a requis l'anonymat, déplore de son côté la valse d'hésitations des instances dirigeantes du PLR. «Après plusieurs reports, la présidence, seule dans son coin, prend finalement position aujourd'hui, alors qu'elle a convoqué le comité directeur lundi prochain. En clair, elle le court-circuite!»

Ce soutien «critique» de Pierre Maudet estime que la situation a tourné à «une affaire personnelle» entre le conseiller d'Etat et certains pontes du PLR, où la confiance dans un sens comme dans l'autre serait brisée. Pour ce cadre, la vraie sanction morale, s'il doit y en avoir une, ne peut venir que de la base.

Il reste désormais un mois à chaque camp pour mobiliser ses troupes, avant l'assemblée générale de janvier qui promet une tension maximum.

"Un dossier fiscal qui devient complexe"

Le Conseil d'Etat genevois a interrogé mercredi matin Pierre Maudet sur sa situation fiscale. «Il nous a confirmé être en contact depuis peu avec l'administration pour potentiellement revoir ses déclarations sur dix ans», a indiqué le président Antonio Hodgers. Ces révisions porteraient sur "des revenus accessoires, des dons et des déductions". Il ne sait pas la gravité des faits, car «nous n'avons pas eu de réponses univoques à des questions précises. Nous avons ici affaire à un dossier fiscal qui devient complexe.» C'est le fisc qui décidera de saisir ou non le Parquet. Pour rappel, les cotisations de Pierre Maudet au PLR des cinq dernières années, soit 50'000 francs, ont été payées par un tiers. Le parti, qui l'ignorait, a délivré à son élu des attestations permettant d'obtenir des déductions fiscales. Personne ne sait si le conseiller d'Etat en a fait usage.

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