Actualisé 25.01.2013 à 18:13

BMPSLa doyenne des banques vers un sauvetage

La plus vieille banque du monde, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), a tenté de désamorcer le scandale financier qui la déstabilise depuis plusieurs jours.

Réunis en assemblée générale extraordinaire, les porteurs de titres de la vénérable banque toscane née en 1472 ont donné leur accord à l'importante augmentation de capital visant à l'aider à rembourser un emprunt de 3,9 milliards d'euros que doit lui accorder l'Etat italien sous forme d'obligations dites «Monti Bonds».

Si le feu vert faisait peu de doutes, l'assemblée a été houleuse, ponctuée d'interventions musclées de petits actionnaires furieux de la dégringolade du titre BMPS en Bourse en début de semaine, et des centaines de millions de pertes financières que devraient causer les contrats au coeur du scandale. Ce sont des opérations très complexes mises sur pied par la direction précédente mais qui ne sont pas des produits dérivés, selon les dirigeants.

Le groupe a traversé trois jours très difficiles, a admis son directeur général Fabrizio Viola devant la presse, tout en s'efforçant de rassurer sur la stabilité de la banque et en promettant que toute la lumière serait faite en février. «A notre connaissance, il n'y a pas d'autres placards à ouvrir», a-t-il dit dans une allusion aux révélations du début de la semaine.

Plusieurs heures durant, les accusations ont fusé, visant les dirigeants du groupe, passés ou actuels, les hommes politiques, la Banque d'Italie et son ancien gouverneur Mario Draghi, la Consob (autorité boursière) ou le gouvernement de Mario Monti.

Instrumentalisation

La tension et l'attention des médias se sont trouvées décuplées par la campagne électorale en cours pour les législatives des 24-25 février, comme l'ont déploré les dirigeants de la banque qui ont dénoncé une «instrumentalisation».

L'opposition de droite (PDL de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord) a eu beau jeu d'accuser Mario Monti, qui est candidat à la tête du centre aux élections, d'assommer les Italiens à coups d'impôts pour financer une «faveur» faite à ses amis banquiers. Le Parti Démocrate, favori du scrutin, a aussi été durement attaqué pour ses liens étroits avec BMPS.

Beppe Grillo, un comique reconverti dans la politique (il dirige l'influent «Mouvement 5 Etoiles»), a fait de l'affaire l'un de ses chevaux de bataille et a longuement harangué un millier de personnes sur ce thème sur l'une des places de Sienne jeudi soir. Il a poursuivi ses protestations vendredi en tant que petit actionnaire pendant l'AG, dénonçant un «trou de 14 milliards d'euros», thèse immédiatement balayée par les dirigeants.

Le scandale avait éclaté plus tôt cette semaine lorsque la banque avait dû admettre que d'anciennes opérations financières ayant jusqu'ici échappé aux contrôles allaient coûter des centaines de millions à ce groupe qui se trouve à un moment particulièrement délicat de sa longue histoire.

La polémique a forcé le gouvernement à intervenir pour rassurer sur la solidité du système bancaire et à voler au secours des autorités de surveillance italiennes. Le ministre de l'Economie Vittorio Grilli s'est engagé à expliquer la situation au Parlement mardi.

Sienne choquée

Le scandale a en outre plongé la ville de Sienne dans un «état de choc», ont admis des habitants. «La banque et la ville de Sienne sont liées. C'est l'histoire de cette ville-là. Et aujourd'hui, c'est vraiment un cauchemar», constate Pierluigi Piccini, ex-directeur adjoint de Banca Monte dei Paschi di Siena France. «La situation est très complexe, et surtout les citoyens siennois ont des difficultés à comprendre ce qui s'est passé.»

L'assemblée générale était une étape clé du plan de sauvetage qui doit conduire l'Etat à acheter pour 3,9 milliards d'euros d'obligations afin d'aider la banque à respecter ses obligations en termes de fonds propres, comme le lui a imposé l'autorité bancaire européenne (EBA). L'assemblée de vendredi a autorisé la banque à lever au besoin jusqu'à 6,5 milliards d'euros à travers des augmentations de capital pour rembourser le prêt et ses intérêts.

Si BMPS ne parvenait pas à rembourser ce crédit, l'Etat prendrait le contrôle de la banque, une option que ne souhaitent ni les autorités ni les dirigeants de l'établissement. (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!