Actualisé 16.09.2015 à 20:34

Genève

La famille qui vit chez un inconnu donne sa version

Victimes de la crise du logement, ces Equatoriens ne veulent pas quitter sans garanties le bien d'un autre.

de
Jérôme Faas
Aida et Bolivar et leurs deux enfants aimeraient trouver un pied-à-terre définitif.

Aida et Bolivar et leurs deux enfants aimeraient trouver un pied-à-terre définitif.

«Nous voulons quitter l'appartement de Monsieur N. le plus vite possible, mais dans la dignité.» Bolivar, sa femme et ses deux garçons adultes sont dans la tourmente depuis la mi-juillet: ils occupent le logement d'un inconnu, qui se retrouve à la rue.

Après avoir été expulsée d'une sous-location, déjà, la famille, dont les trois hommes ont un emploi, croyait avoir trouvé une issue à la Servette. Erreur. Là voilà qui vit illicitement chez Anis N.: un de ses amis, un escroc en fait, leur a sous-loué son appartement en se faisant passer pour lui alors qu'il était à l'étranger.

«Je ne suis pas fautif»

«Je ne suis pas fautif, plaide Bolivar. Je croyais vraiment contracter avec Monsieur N. Si même lui a fait confiance à cet ami, comment peut-il me reprocher de l'avoir cru?» Mais n'est-il gêné de vivre chez un autre? «Si bien sûr. Je suis ouvert à une solution à l'amiable, mais ne veux pas partir avant d'être sûr que Monsieur N. ne cherchera pas à m'imputer des dégâts que je n'ai pas commis dans son deux-pièces.» Quant au studio que N. lui avait proposé en vain, son fils explique: «C'était aussi une sous-location, sans contrat, payée de la main à la main. On ne voulait pas se retrouver dans la même situation qu'aujourd'hui.»

«Etat de nécessité et de bonne foi»

Leur avocat, Me Michael Anders, leur cherche une porte de sortie. «Oui, Monsieur N. peut exiger qu'ils partent, mais il doit surtout chercher la réparation du dommage causé auprès de celui à qui il a confié ses clés. Mes clients sont entrés dans ces locaux en état de nécessité et de bonne foi.»

Sous-louer à un ami, opération risquée

«Un cas tel que celui de Monsieur N. est hors du commun, note Me Daniel Meyer. Des individus qui passent des annonces pour sous-louer un bien, font visiter, encaissent des acomptes puis disparaissent, c'est fréquent. Mais ils ne vont pas jusqu'à installer leurs victimes dans le logement. En revanche, vu la situation locative Genève, le nombre de personnes qui sous-louent à des amis et refusent de partir à leur retour est important. Il y a des dizaines et des dizaines de procédures de ce type.»

L'avocat du locataire lésé entre en scène

Me Daniel Meyer, mandaté par Anis N. lundi, va saisir le Tribunal de première instance via une action en réintégrande, utilisée lors d'une usurpation d'un bien immobilier par autrui. Le succès de l'opération est certain, mais pas avant des semaines. Et sans décision de justice, Anis M. ne peut faire évacuer son logement. «S'il avait tout de suite demandé des mesures provisionnelles (ndlr: l'expulsion préventive avant que le fond de l'affaire soit examiné), il aurait sans doute eu gain de cause. Mais six semaines après le début de l'occupation, plaider l'urgence est ardu.»

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