Actualisé 17.02.2020 à 11:06

France

La femme qui a fait tomber Griveaux est «dépassée»

La jeune femme qui semble être la destinataire des vidéos et messages à caractère sexuel de Benjamin Griveaux est un peu «dépassée par l'ampleur» des événements, selon les enquêteurs.

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cga/afp
Alexandra de Taddeo était toujours en garde à vue lundi matin.

Alexandra de Taddeo était toujours en garde à vue lundi matin.

L'artiste russe Piotr Pavlenski et sa compagne ont été placés en garde à vue dans l'enquête sur les vidéos intimes ayant poussé Benjamin Griveaux à retirer sa candidature à la mairie de Paris, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Paris. Tous deux sont en garde à vue pour «atteinte à l'intimité de la vie privée» et «diffusion sans l'accord de la personne d'images à caractère sexuel», dans le cadre de l'enquête ouverte samedi à la suite du dépôt d'une plainte contre X de M. Griveaux.

Piotr Pavlenski, 35 ans, avait été placé en garde à vue samedi après-midi dans un autre dossier portant sur des violences commises le soir du 31 décembre. Celle-ci a été suspendue dimanche et une seconde garde à vue a démarré pour l'interroger sur l'affaire Griveaux. La durée totale de ces gardes à vue ne pourra excéder 48 heures, soit jusqu'à lundi après-midi.

Sa compagne, Alexandra de Taddeo, 29 ans, est en garde à vue depuis samedi soir dans l'affaire Griveaux. Selon une source proche du dossier, c'est elle qui aurait été au départ la destinataire des vidéos incriminées. «Le Parisien» a explique que la jeune femme a commencé à s'exprimer devant les enquêteurs dimanche après-midi. Une source dit au journal francilien «qu'elle n'était pas vraiment sur un acte politique comme son compagnon, mais plutôt sur une ligne personnelle». Elle serait «tétanisée» et «dépassée par l'ampleur» des événements. «Le Parisien» évoque «une forme de vengeance après avoir mal vécu, le comportement de Benjamin Griveaux».

Au départ, c'est elle qui a contacté celui qui était secrétaire d'Etat au printemps 2018 sur Facebook et Instagram. La discussion entre cette étudiante russophile et lui aurait d'abord tourné autour de la politique avant de dériver vers des conversations plus «privées». A cet instant, la jeune femme n'était pas en couple avec l'artiste russe et l'enquête devra déterminer si elle l'avait déjà rencontré.

Aux enquêteurs, l'ancien candidat à la mairie de Paris a reconnu cette relation. Il a indiqué que les vidéos intimes transmises s'effaçaient automatiquement une minute après leur lecture. Il se demande comment la jeune femme a pu les récupérer via un outil technique ou autre ce qui pourrait étayer la thèse du coup monté contre lui.

Atteinte aux droits de la défense «gravissime»

L'avocat et essayiste Juan Branco, qui dit avoir «conseillé» M. Pavlenski sur les vidéos à l'origine du retrait de M. Griveaux, était également présent à cette soirée de réveillon. Dimanche, Me Branco a dénoncé le fait de ne pas pouvoir être désigné comme avocat de Piotr Pavlenski dans la procédure portant sur la diffusion des vidéos, mettant en cause le parquet de Paris. «Il s'oppose à ce que je représente mon client. Il s'agit d'une atteinte aux droits de la défense inédite, gravissime», a-t-il expliqué à sa sortie des locaux de la police judiciaire.

Procéduralement, le parquet, ne pouvant le faire seul, doit saisir le bâtonnier s'il souhaite contester la désignation d'un avocat. Contactés par l'AFP, le parquet de Paris et le bâtonnier de Paris n'ont pas souhaité faire de commentaire. Juan Branco a précisé à l'AFP que sa procédure de désignation était pour le moment suspendue, dans l'attente d'une rencontre qu'il doit avoir lundi avec le bâtonnier.

Pavlenski «a sans doute été aidé»

L'artiste russe Piotr Pavlenski, qui a revendiqué la mise en ligne de vidéos intimes ayant poussé le candidat du président Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux, à renoncer à briguer la mairie de Paris, «a sans doute été aidé», a estimé lundi la porte-parole du gouvernement français. Interrogée sur la chaîne LCI pour savoir si cette affaire relevait d'une manipulation politique plus importante, Sibeth Ndiaye a répondu que «c'est un peu tôt pour le dire parce que l'enquête ne fait que démarrer» et qu'«il faut laisser du temps à l'enquête pour se dérouler».

«Moi je ne veux pas verser dans le complotisme. Néanmoins, je remarque qu'il y a quand même une certaine forme de technicité pour mettre en oeuvre tout cela», a déclaré la représentante du gouvernement, en évoquant «le fait de construire un site Internet, le fait d'écrire en français parfaitement alors que manifestement, Piotr Pavlenski parle certes français, mais avec quelques difficultés». «Donc il a sans doute été aidé, je ne suis pas sûr que ce soit le personnage central de cette affaire», a-t-elle conclu.

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