Actualisé 07.04.2017 à 07:34

Nucléaire françaisLa fermeture de Fessenheim se précise

Alors que le sort de la centrale nucléaire était le sujet d'une réunion, des centaines de salariés ont manifesté à Paris contre sa fermeture.

La centrale nucléaire de Fessenheim est la plus ancienne de France.

La centrale nucléaire de Fessenheim est la plus ancienne de France.

AFP

Le Conseil d'administration d'EDF a approuvé jeudi à une courte majorité une délibération permettant au groupe de faire une demande d'abrogation d'exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim. Ségolène Royal a salué une «bonne décision» au caractère «irréversible».

L'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim ne sera pas prise immédiatement, mais ne pourra prendre effet qu'à la mise en service de l'EPR de Flamanville 3, prévue à l'horizon 2019, précise le groupe dans un communiqué. Il faudra aussi que la fermeture de la centrale de Fessenheim soit à ce moment-là nécessaire au respect du plafond légal de production nucléaire fixé à 63,2 GW en France.

D'abord promise par François Hollande pour 2016, la mise à l'arrêt définitive des deux réacteurs de 900 mégawatts de Fessenheim est désormais prévue pour fin 2018. La décision de jeudi franchit néanmoins une nouvelle étape vers la fermeture de Fessenheim, doyenne des centrales françaises.

Selon un porte-parole du syndicat CGT, la motion votée laisse ouverte la possibilité de fermer une autre centrale nucléaire que Fessenheim. «C'est une résolution qui permet (au PDG d'EDF Jean-Bernard) Lévy de garder la face mais pas au gouvernement, pour qui c'est un véritable camouflet», a-t-il dit.

Satisfaction de Royal

«C'est enfin une bonne décision qui est prise dans la mesure où le caractère irréversible et inéluctable de la fermeture est explicitement acté dans la décision», a répliqué la ministre de l'environnement Ségolène Royal. Selon elle, cette décision «sera actée juridiquement dans les prochains jours.»

A Berlin, son homologue allemande Rita Schwarzelühr-Sutter a parlé de «grosse déception». Pour l'association de défense de l'environnement Greenpeace, les conditions posées par EDF sont inacceptables: «s'il faut attendre le 'lancement' de l'EPR de Flamanville pour fermer officiellement Fessenheim, jamais la transition énergétique ne sera enclenchée en France».

Le vote de jeudi a été obtenu de haute lutte et marque un nouveau compromis entre l'Etat, le groupe et certains administrateurs qui étaient frileux pour engager avant l'élection présidentielle une procédure de fermeture, alors que ce sujet divise les candidats.

Manifestations

Les six administrateurs salariés ont voté contre cette délibération et les six administrateurs indépendants, dont le PDG du groupe Jean-Bernard Lévy qui a une voix prépondérante en cas d'égalité ont voté pour, a indiqué une autre source.

Les six administrateurs représentant l'Etat n'ont pas pris part au vote, en raison d'un conflit d'intérêt, puisque l'Etat est actionnaire à plus de 83% de l'électricien.

Pour défendre la centrale de Fessenheim, plusieurs centaines de salariés du groupe - entre 350 et 450 de source policière - se sont réunis à Paris devant le siège d'EDF. Ils ont manifesté, à coups de sifflets et fumigènes, leur opposition à une fermeture.

Une telle décision mettrait en jeu quelque 2000 emplois directs et indirects, selon les syndicats. Elle serait «uniquement politique», ont respectivement estimé deux manifestants, tous deux salariés de Fessenheim: Damien Nimetz, 29 ans, militant CGT, et que Sandra Hazemann, 39 ans de la CFDT.

Réclamé par Bâle et le Jura

«Je comprends que les salariés cherchent à défendre leur outil de travail» mais «il faudra à un moment que chacun prenne la mesure que des centrales vont fermer», avait pour sa part plaidé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. «La loi de transition énergétique doit être appliquée (...). C'est l'intérêt de la France», avait renchéri le ministre de l'économie Michel Sapin.

Par ailleurs, le Conseil d'administration d'EDF a donné jeudi son accord pour que le PDG signe le protocole d'indemnisation négocié avec l'Etat au plus tard à la date à laquelle une demande valable pour fermer Fessenheim sera adressée. Approuvé en janvier, le texte prévoit qu'EDF reçoive une indemnisation fixe de 489 millions d'euros, à laquelle viendra s'ajouter une éventuelle part variable en fonction du manque à gagner d'EDF jusqu'en 2041.

Située sur une faille sismique dans l'est de la France près des frontières avec la Suisse et l'Allemagne, la centrale, en service depuis 1977, suscite depuis des années l'inquiétude des écologistes. Les deux Bâle et le Jura demandaient aussi la fermeture de Fessenheim depuis 2011, suite à la catastrophe de Fukushima. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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