La fête à Gilles, pour le meilleur et pour le pire
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La fête à Gilles, pour le meilleur et pour le pire

Gilles qui rit ou Gilles qui pleure? Bien malin qui pourrait dire comment le poète et chansonnier vaudois aurait apprécié le concert donné samedi en hommage au 25e anniversaire de sa mort à Montreux, où il vit le jour en 1895.

Le Jazz honorait ainsi la mémoire du régional de l'étape, dans la lignée des rétrospectives précédentes consacrées aux chanteurs français Charles Trenet, Serge Gainsbourg et Charles Aznavour.

Les auteurs suisses Pascal Auberson, Valérie Lou, Popol Lavanchy, Polar, Michael von der Heide, Sarclo et Jérémie Kisling. Tous ces artistes avaient tenu à fêter l'un de leurs pères spirituels, se réappropriant à leur façon les compositions de celui qui, avec Emile Jaques-Dalcroze, donna à la chanson romande ses lettres de noblesse. Un énième avatar de la rencontre entre l'ancien et les modernes.

Pascal Auberson se fit l'auteur d'une intro des plus remarquées, remontant le cours du temps en récitant à l'envers «La Venoge», l'officieux hymne cantonal vaudois, assimilée soudainement aux fleuves Tigre et à l'Euphrate, un clin d'œil aux boucheries irakiennes. Pascal Auberson a condamné ceux qui tentent de faire du Gilles régionaliste, une sorte de Guillaume Tell patriotique. Alors que le Vaudois, s'il était encore de ce monde, aurait tant fustigé la xénophobie et le racisme si omniprésents au XXIe siècle, lui qui avait combattu avec courage le fascisme et ses tentacules.

S'ensuivirent les reprises, inégales, de certains titres, tantôt fidèles, tantôt jazzy, bien desservis par l'orchestre. Une bonne douzaine, de «L'Auberge du temps perdu» (Sarclo) à «l'Enseigne de la Fille-sans-Cœur» (Kisling) en passant par les inévitables «Dollar» (von der Heide-Polar) et «Les Trois Cloches» (von der Heide-Kisling), sans oublier un «Quatorze Juillet» (Polar) de circonstance. Avec une mention spéciale à Sarclo, émouvant de simplicité dans «Dame Pauvreté» («Car pauvreté n'est pas misère / Et sur les richesses qu'elle préfère / Vous pouvez vous appuyer»).

Au terme du tour de chant, les commentaires allaient bon train dans le public, dont la moyenne d'âge tournait autour du demi-siècle. Doyenne de l'assistance, Evelyne Villard, la veuve de Gilles, témoigna de son enthousiasme, à plus de nonante printemps. Les plus jeunes, dont Selma et Aline, étaient venus pour Michael von der Heide ou pour Jérémie Kisling, et se montraient sous le charme. Dominik, lui, ne tarissait pas d'éloges sur Polar, le plus original à ses yeux. Autres sons de cloche en revanche parmi la génération des parents ou des grands-parents. Robert appréciait «que les jeunes retrouvent Gilles à leur façon. Et si certains tiquent envers trop de liberté, il reste la fidélité des disques originaux». «Un sabotage! Scandaleux!» s'écriait en revanche Willy, un fan de la première heure. «Une insulte à la musique de Gilles. Sans parler de l'orchestration, trop forte, qui masquait les mots. Un comble pour un chanteur dit à texte!» Plusieurs ont enfin trouvé curieuse la façon «bien suisse» (car très didactique et pédagogique) d'introduire chacune des pages musicales, entre lieux communs et anecdotes éculées.

Grégoire Gonin de la Correction

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