Actualisé

Secteur financier«La fête est finie pour les banquiers »

La réforme de la régulation financière aux Etats-Unis, ambitieuse selon ses promoteurs, laisse à Wall Street une latitude certaine pour maintenir les activités qui ont fait sa puissance.

Selon la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi«La fête est finie» pour les banquiers de Wall Street.

Selon la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi«La fête est finie» pour les banquiers de Wall Street.

Pour être adopté, le texte de plus de 2000 pages a fait l'objet de compromis de dernière minute.

«La fête est finie» pour les banquiers de Wall Street, lançait mercredi la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, avant l'adoption de la réforme par son assemblée. Reste que son interprétation n'était pas unanimement partagée.

«Si nous régulons trop nos marchés, nous pousserons les investisseurs à aller ailleurs, faisant ainsi perdre des milliers d'emplois à New York et une source essentielle de revenus. C'est tout simplement quelque chose que je ne pouvais pas laisser faire», soulignait le lendemain sur la chaîne «Fox Business» le représentant démocrate Michael McMahon, qui représente Staten Island, un quartier de New York.

Il était même allé plus loin avant le vote, déclarant sur la chaîne «Fox Business» que le texte représentait «un compromis qui est bon pour Wall Street». «Je ne pense pas que la réforme va réformer Wall Street de quelque manière que ce soit (...). Oui il y a quelques ajustements réglementaires dans ce projet de loi, mais non, cela ne change pas la nature de son activité», indiquait vendredi à la chaîne câblée GRITtv Nomi Prins, une ancienne de Goldman Sachs devenue critique ardente du secteur financier.

L'essentiel est sauf

Les détails du projet, qui doit encore être voté par le Sénat vers la mi-juillet, laissent en effet la possibilité aux géants de la finance américaine de garder le coeur de leur modèle économique. Alors que toute la philosophie de la loi est d'éviter de nouveaux sauvetages par les fonds publics, les parlementaires ont supprimé in extremis une taxe qui aurait permis de lever 19 milliards de dollars pour garnir un fonds de liquidation.

La loi contient bien la mesure appelée «règle de Volcker», qui interdit aux banques de spéculer pour leur propre compte sur les marchés financiers. Mais son application attendra plusieurs années.

L'interdiction prévue de contrôler ou soutenir un fonds spéculatif (»hedge fund») a été finalement édulcorée: les banques pourront y consacrer jusqu'à 3% de leurs fonds propres durs. La loi tente de faire contrôler l'immense marché des produits dérivés par les autorités. Mais des exceptions sont prévues.

Le fonctionnement quotidien des agences de notation ne devrait pas faire l'objet d'une révolution. Le gendarme de la Bourse, la SEC, doit étudier les évolutions possibles. L'architecture de la régulation est peut-être le changement le plus sensible.

Contrôle accru de la Fed

Certes, alors que la multiplicité des autorités de régulation a été désignée comme une des causes de leur manque de vigilance, une seule a été supprimée, et deux ont été ajoutées (Bureau de protection financière des consommateurs et Conseil de surveillance de la stabilité financière). Mais toutes les plus grandes institutions financières (plus de 50 milliards de dollars d'actifs) seront désormais sous la coupe de la banque centrale, la Fed.

Sera-t-elle plus sévère contre les excès spéculatifs que lors des années qui ont mené à la crise financière? Les nombreux ennemis que s'est faits la Fed restent persuadés que non.

«Le diagnostic le plus faux est de présumer que l'Etat n'avait pas assez de pouvoir pour éviter la crise. La Réserve fédérale avait le pouvoir d'éviter les excès monétaires qui ont accéléré l'explosion du marché immobilier», soulignait un professeur d'université de Stanford, John Taylor, dans une tribune publiée jeudi par le «Wall Street Journal».

(ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!