08.04.2020 à 04:14

Enseignement obligatoire

La foire aux outils digitaux dans chaque canton

Avec la fermeture des écoles due au coronavirus, les départements de la formation proposent divers moyens numériques pédagogiques aux profs et aux élèves.

de
Frédéric Nejad Toulami
Keystone

Depuis le 16 mars 2020, les établissements scolaires en Suisse sont fermés, sur décision sanitaire du Conseil fédéral. Les Départements cantonaux de l'instruction ont alors dû échafauder dans l'urgence des stratégies afin de proposer aux enseignants de l'école obligatoire et aux parents d'élèves des solutions numériques faciles d'utilisation mais aussi fiable d'un point de vue sécurité, comme alternative aux cours en classe.

Voulant agir vite, afin de proposer des vidéoconférences pour éviter des réunions physiques avec le risque de contamination, le Département vaudois de la Formation et de la Jeunesse (DFJ) a opté pour l'app américaine à succès Zoom. Il l'a aussi proposée dans la relation enseignants-enfants.

Seul Vaud a choisi Zoom

Très bien conçue et facile à utiliser par des dizaines de participants simultanément dans un même groupe de travail, sans nécessité de créer un compte, elle est toutefois très critiquée notamment car elle collecte plein de données privées et les transfère à des tiers sans l'indiquer (lire l'encadré).

«Nous avons fait ce choix en toute connaissance de cause et en faisant une pesée d'intérêts», précise Julien Schekter, porte-parole du DFJ. Zoom évite ainsi d'accentuer la fracture numérique ou les inégalités sociales dues aux différences de ressources et de connaissances, souligne-t-il.

Le DFJ va d'ailleurs proposer d'autres solutions prochainement, comme Office 365 (Microsoft). Mais selon nos sources, de nombreux enseignants préfèrent toujours utiliser Skype ou WhatsApp pour communiquer et travailler. Quant à l'enseignement postobligatoire vaudois, les outils de Webex (de la société Cisco) sont déployés depuis le 2 avril dernier.

Neuchâtel, son Réseau pédagogique et Pronote

Du côté de Neuchâtel, comme des autres cantons romands, le Département de l'éducation et de la famille (DEF) a préféré éviter Zoom. Secrétaire général du DEF, Jérôme Amez-Droz indique que sur la plateforme du Réseau pédagogique neuchâtelois (RPN), les enseignants ont accès à des cours et des outils numériques pédagogiques, comme iClasse. Le logiciel Pronote est aussi utilisé pour ses diverses fonctionnalités. «Et au sein du département, nous avons aussi utilisé Skype entreprise, précise Jérôme Amez-Droz.»

Une plateforme de l'EPFL à Genève

A Genève, le Département de l'instruction (DIP), a proposé aux profs une série évolutive d'outils pour enseigner à distance. Parmi les app pédagogiques de Google, Classroom et Meet pour le niveau secondaire. Développée par l'EPFL, près de Lausanne, la plateforme Graasp a aussi été choisie par le DIP genevois, fin mars, pour la communication et le partage de documents entre élèves, parents et enseignants du primaire durant la crise du coronavirus.

Microsotf pour les Valaisans et Fribourgeois

Enfin, le Valais et Fribourg ont jeté leur dévolu sur les produits Microsoft, avec Office 365 et l'application Teams pour des visioconférences collaboratives.

Réserves et recommandations

Préposée vaudoise à la protection des données, Cécile Kerboas conseille aux entités consultant son autorité d'éviter d'utiliser de telles applications. Elle n'a pas cependant pas émis de recommandation officielle, contrairement à son homologue valaisan, Sébastien Fanti la semaine passée. Il recommande à toutes les autorités de son canton que l'app Zoom ne soit utilisée "sous aucune déclinaison existante". Il exhorte aussi à privilégier les services de visioconférence qui stockent les données en Suisse. Interrogé sur La Première, le commissaire à la protection des données du Conseil de l'Europe Jean-Philippe Walter estime que dès que l'on traite de données sensibles dans le domaine éducatif, sanitaire ou étatique, on devrait renoncer à des applications n'assurant pas la sécurité.

Alternatives suisses

Face à la forte demande en visioconférence depuis le confinement et les critiques d'une app comme Zoom, des sociétés suisses ont réagi. L'hébergeur genevois Infomaniak, par exemple, propose désormais Meet; une solution gratuite et sécurisée disponible directement dans le navigateur web sans la création de compte ni d'installation de programme. Cela repose sur le logiciel existant en open source Jitsi Meet. Quant à la société lausannoise Nimag Networks, elle vient de lancer l'application bbb.nimag.net. Elle serait très proche des fonctionnalités de Zoom, mais comme le logiciel est open source, "il garantit transparence, fiabilité et sécurité", selon l'attachée de presse. Hébergé chez le prestataire de son choix ou chez soi dans son data-center, ce nouveau produit payant est gratuit à l'essai durant les 7 premiers jours.

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