La France a perdu son dernier «poilu» de 1914-18
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La France a perdu son dernier «poilu» de 1914-18

Lazare Ponticelli, seul «poilu» français de la Première guerre mondiale encore en vie, est mort mercredi à l'âge de 110 ans, à son domicile du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne.

Des obsèques de portée nationale devraient être organisées dans les prochains jours aux Invalides.

«J'exprime aujourd'hui la profonde émotion et l'infinie tristesse de l'ensemble de la Nation alors que disparaît Lazare Ponticelli, dernier survivant des combattants français de la Première guerre mondiale», a réagi le président de la République dans un communiqué.

Exprimant «sa profonde émotion», le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants Alain Marleix assuré sur France-Info que les dernières volontés de M. Ponticelli seraient «respectées à la lettre». Un hommage national pour l'ensemble des Français mobilisés durant la Première Guerre mondiale sera rendu aux Invalides. «A ma connaissance, c'est sans précédent», a observé M. Marleix.

Lazare Ponticelli sera ensuite enterré, selon son souhait, dans le caveau de sa famille à Paris.

L'idée d'organiser des obsèques de portée nationale avait été annoncée en 2005 par Jacques Chirac. «Nous avons le devoir de marquer notre gratitude envers l'ensemble des combattants, de tous grades, de toutes origines, de toutes confessions, qui ont offert la victoire à la France», a expliqué M.Sarkozy dans son communiqué.

Dernier des 8,41 millions d'hommes mobilisés pendant la Grande guerre, Lazare Ponticelli avait finalement accepté en janvier dernier le principe d'une telle cérémonie «au nom de tous ceux qui sont morts, hommes et femmes». Après avoir longtemps refusé cette perspective, il avait donné son accord «si c'est dans la dignité». «Pas de tapage important ni de grand défilé. Mais une messe aux Invalides en hommage à mes camarades morts dans cette horreur de la guerre et auxquels j'ai promis de ne jamais les oublier», avait-il précisé.

Lazare Ponticelli, immigré italien arrivé à 5 ans à Paris, s'était engagé en août 1914 dans la Légion étrangère en «trichant sur son âge». Il avait alors 16 ans.

Il fut envoyé au front à Soissons, dans l'Argonne puis à Douaumont. D'abord affecté à creuser des fosses pour enterrer les morts, il dut ensuite construire des tranchées, avant d'être enrôlé dans le 3e régiment de chasseurs alpins italiens en 1915, au moment de l'entrée en guerre de l'Italie. Il fut envoyé combattre les Autrichiens dans le Tyrol, où il fut blessé.

A son retour en France en 1921, Lazare Ponticelli créa avec ses deux frères une entreprise de chauffage et tuyauterie qui prit une envergure nationale.

«Notre pays lui est redevable, car il lui a donné le meilleur de lui-même, dans les heures les plus sombres comme dans les jours heureux», a salué M. Sarkozy qui a présenté les condoléances de la Nation à la fille et à toute la famille de l'ancien soldat.

Pour Hervé Morin, ministre de la Défense, «Lazare Ponticelli a été tout au long de sa vie un semeur d'espoir qui refusait la fatalité». «Chaque combattant qui s'éteint emporte avec lui une part de notre histoire. Mais, en nous quittant, il laisse le témoignage de ses sacrifices comme autant de graines d'espérance», a-t-il déclaré dans un communiqué.

«Il est vrai que c'est une génération qui s'éteint, mais la pire des choses serait de penser qu'avec la mort du dernier poilu, c'est toute la mémoire de la Première guerre mondiale qui disparaît, alors qu'elle marque encore la politique actuelle», a expliqué à l'Associated Press Georges Doussin, président d'honneur de l'ARAC (Association Républicaine des Anciens Combattants), créée en 1917.

Le décès de M. Ponticelli intervient moins de deux mois après celui de l'avant-dernier «poilu» français, Louis de Cazenave, qui s'est éteint le 20 janvier à Brioude (Haute-Loire), lui aussi à l'âge de 110 ans. Le dernier combattant allemand de la «Grande guerre», est mort le 1er janvier dans une maison de retraite de Cologne, à l'âge de 107 ans. (ap)

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