Présidentielle française: «La France est dépassée par son histoire»
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Présidentielle française«La France est dépassée par son histoire»

Antonio Hodgers analyse les difficultés des politiques français à s'exprimer dans une autre langue. Il y voit une forme «d'autosuffisance» et un véritable souci sur le plan diplomatique.

par
Côme Gallet

Un montage vidéo sur les «exploits» linguistiques des candidats à la présidentielle française.

La faiblesse des Français en langues étrangères? «C'est le lot de toutes les anciennes grandes nations impérialistes qui croient retrouver leur langue partout à travers le monde», explique le conseiller national Antonio Hodgers (Verts/GE). «Je suis surpris que des prétendants à la plus haute fonction de l'Etat ne parlent même pas l'anglais», ajoute-t-il en égratignant au passage le chef de file de l'UDC: «Heureusement, ce n'est pas comme ça en Suisse. Toni Brunner est l'exception, le seul conseiller national à ne pas parler français.»

«Je parle plus ou moins cinq langues et, quand je suis interviewé par la télévision suisse allemande ou tessinoise, je réponds dans la langue dans laquelle on m'interroge, d'autant plus si ce n'est pas un direct.» Et le conseiller national de tacler Nicolas Sarkozy: «Quand il lit son discours (voir vidéo ci-dessus), on voit bien qu'il le récite, sans le moindre effort de prononciation.»

Autosuffisance

Cette question soulève un problème de fond. «La méconnaissance des langues étrangères, sorte d'autosuffisance, correspond davantage à un problème de manque d'intérêt pour l'étranger et les autres cultures. Ce n'est pas l'apanage de la France, puisque le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont aussi concernés. Seulement, les anglophones ont la chance de parler anglais, qui est l'équivalent du latin au Moyen-Age, donc ils sont moins handicapés». Le conseiller national voit en la France une nation «dépassée par son histoire». Le français a été pendant longtemps la langue de la diplomatie, explique-t-il, et certains semblent penser que c'est toujours le cas.

Honte

Antonio Hodgers attribue le fameux «French accent» des Français pratiquant la langue de Shakespeare ou de Goethe à une possible honte. «Cela me rappelle ma professeure d'allemand à Berlin. Elle distinguait tout de suite les Suisses romands des Français à leur façon de parler», raconte-t-il. «En Suisse, personne ne rigolera de votre ton ou de vos fautes, l'important est de faire l'effort de parler dans une autre langue.» Ainsi, si François Hollande fait un discours dans une autre langue, il peut avoir peur de faire le buzz à cause de sa prononciation et donc ne pas oser se lancer. Les politiques français sont aussi «victimes de l'environnement dans lequel ils se trouvent, même si je ne cherche pas à les excuser».

Problème politique

Cette absence d'aisance, notamment en anglais, pose un problème politique et diplomatique, car la traduction d'une langue à l'autre peut entraîner une déperdition de sens que M. Hodgers chiffre à 20 ou 30% du contenu global. «En commission paritaire, par exemple, nous disposons de traducteurs que je préfère appeler des interprètes car il est impossible d'assurer une traduction mot à mot en direct.» L'impact politique peut donc être bien réel si les interlocuteurs simplifient leur langage pour être compris.

Un autre exemple des présidents «in english»

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