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Euro 2020La France fait voler l’Allemagne et la nuance en éclats

Les Bleus se sont rappelé les bons souvenirs de 2018 en battant la Mannschaft 1-0. Gare, tout de même, à ne pas trop en faire.

par
Florian Vaney
(Munich)
AFP

Le coup de sifflet final a retenti et Munich a aussitôt résonné au son de Vegedream. Des drapeaux français, des perruques tricolores, des maillots à l’effigie de leurs protégés dans les rues de la capitale bavaroise et, partout, ce même refrain pour les accompagner: «Ramener la Coupe à la maison!» Au fond, cela n’était que la suite d’une victoire totale des Bleus, sur le terrain et en dehors, où les supporters bleu-blanc-rouge se sont fait voir, entendre, remarquer dans les heures précédant le match bien davantage que leurs opposants. Didier Deschamps ne s’y est pas trompé, en allant longtemps saluer ses compatriotes présents dans les tribunes de l’Allianz Arena juste après le dénouement.

La réaction du peuple français a-t-elle été exagérée? Certainement pas, une victoire dans un grand tournoi étant toujours un moment unique, même pour une sélection largement habituée à cet honneur. Mais une interrogation légèrement différente peut se poser. Les trois points de la victoire ont-ils effacé tout le négatif des esprits tricolores peur n’en garder que le merveilleux souvenir d’une équipe qui rappelle celle qui a volé vers le titre de champion du monde il y a trois ans?

Un peu de nuance, quand même

En ce mercredi, il reste en tout cas bien peu de place à la nuance. On lit ici que la France a fait ce qu’elle a voulu des Allemands, accélérant quand cela lui chantait, subissant pour mieux frustrer l’adversaire. On entend là que le finaliste du dernier Euro aurait pu en planter trois ou quatre, qu’il n’a rien laissé défensivement et que tout titre se gagne d’abord en défense.

Le programme du groupe F

Le classement du groupe F

Il y a là une part de vérité, plus ou moins grande selon les points de vue, tout comme il y a une exagération certaine. Une exagération servie par deux choses: le résultat final, puisqu’on ne prête qu’aux vainqueurs, et les dernières minutes de jeu, où la Mannschaft a effectivement perdu ses moyens face à la forteresse française.

Kylian Mbappé, trio à lui tout seul

Le fait est qu’il faut sans doute garder quelques faits à l’esprit. En commençant, par exemple, par ces trois coups francs accordés à vingt mètres (et bien mal tirés par Toni Kroos et Leroy Sané). Le seul but du match, lui, a été inscrit sur une action d’école, d’accord, mais conclue par le tibia maladroit de Mats Hummels. Cela amène à une autre réflexion.

Kylian Mbappé est parvenu avec tout son brio à faire la différence et mettre une pression insupportable sur l’arrière-garde germanique. Du trio offensif dont tout le monde parle depuis des semaines, pourtant, c’est le seul à avoir véritablement répondu aux attentes. Karim Benzema et Antoine Griezmann ont existé plus timidement.

Si on veut voir le verre à moitié plein, on dira que le premier a décroché pour pleinement participer au jeu et que le second a abattu un travail défensif remarquable. Question de point de vue là encore. Et ces réflexions, dans tous les cas, ne vont pas que dans un sens, les Français ayant vu deux de leurs buts annulés pour pas grand-chose en plus d’un penalty sans doute oublié.

Un schéma dont l’efficacité n’est plus à prouver

Toujours est-il que, oui, cette victoire renvoie au titre mondial acquis en Russie, et qu’il est difficile de se détacher de ce sentiment de pleine puissance dégagé par l’équipe de France. Parce que même face à une Allemagne qui avait bien préparé son coup, Paul Pogba et ses camarades ont trouvé le moyen de s’en sortir, rappelant qu’ils peuvent être les meilleurs de différentes manières.

Récemment, sans doute pour mieux brouiller les pistes, les Bleus avaient été cette équipe dominante, quasi asphyxiante en préparation. L’adversité, face au Pays de Galles et à la Bulgarie, n’était pas la même. Soudain, les gros se ramènent, et la France peut redevenir cette équipe prête à subir pour mieux frapper par ses fulgurances. Un schéma moins spectaculaire, mais dont l’efficacité n’est plus à prouver. Même si elle n’est pas encore tout à fait celle d’un champion d’Europe.

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