Actualisé 17.12.2008 à 11:28

Explosifs dans un grand magasin à ParisLa France menacée, mais par qui ?

La menace terroriste s'est accrue en France avec le renforcement de la présence militaire en Afghanistan.

Mais les analystes sont perplexes sur le groupe ayant revendiqué mardi l'action dans un grand magasin parisien et sur son appartenance à la mouvance islamiste.

Le Front révolutionnaire afghan (FRA), qui affirme avoir déposé des explosifs inertes au Printemps, est inconnu. «C'est un acronyme qui ne dit rien à personne», estime Olivier Guillard, directeur de recherches au Centre d'études des relations internationales (CERI). Il y voit «une coquille qui a plus de chance d'avoir été créée pour l'occasion et qui n'a aucune jurisprudence historique».

Paris exposé au terrorisme

Le groupe a exigé dans un courrier adressé à l'AFP le retrait des quelque 2800 soldats français déployés en Afghanistan sous commandement de l'OTAN. Le parlement avait accepté en septembre de prolonger la mission française en Afghanistan et d'y envoyer des renforts en hommes et en matériel.

«En disant qu'on n'est pas sur place pour six mois mais pour le temps qu'il faudra, en envoyant davantage d'hommes, en montrant qu'on s'enracine dans la gestion de ce pays on s'enracine aussi dans l'exposition à la menace», constate Olivier Guillard.

Dans un message vidéo diffusé à la mi-novembre par la chaîne de télévision Al Arabia, un groupe taliban menaçait de lancer des attaques à Paris si la France ne retirait pas ses troupes.

«Le message disait que la menace se poserait éventuellement jusqu'à Paris. On ne savait pas s'il fallait l'entendre dans son acception politique ou si c'était la localisation géographique de la capitale française. On est aujourd'hui malheureusement obligés de faire le rapprochement», souligne Olivier Guillard.

Doutes

Pour la porte-parole du parquet de Paris, «les services antiterroristes pensent qu'il s'agit plutôt d'un avertissement car tout était indiqué pour retrouver les explosifs», qui étaient inertes.

Un avis partagé par Olivier Guillard. «Aujourd'hui ce n'est pas mortel mais ça peut l'être infiniment demain, dans une période de fêtes, dans un bâtiment excessivement exposé (...) au sein de la capitale dans un de ses quartiers les plus emblématiques».

Experts et politiques ne croient toutefois ni à la piste «afghano-afghane», ni à celle d'Al Qaïda. «De très fortes menaces terroristes pèsent contre la France» en raison de son implication en Afghanistan, mais «les Afghans n'ont jamais fait cela», explique Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense du quotidien «Libération».

«Al Qaïda n'envoie pas d'avertissement»

«Le FRA n'a aucune consonnance islamique et les talibans n'organisent pas d'opérations terroristes à l'étranger: c'est un mouvement de résistance nationale, sur le sol afghan», insiste le journaliste qui vient de publier «Mourir pour l'Afghanistan».

Quant à Al Qaïda, il «ne lance jamais d'avertissement: quand ils posent une bombe, il y a un détonateur dedans et le message adressé à l'Occident se compte en nombre de morts», souligne-t-il.

Jargon gauchiste

De plus, il y a, selon lui, dans la revendication tapée à la machine «un jargon gauchiste pour des gens qui n'en sont pas».

«C'est évident que la phraséologie, la dialectique n'est pas la dialectique des mouvements terroristes islamistes», a renchéri le ministre de la défense Hervé Morin mercredi. «Le mot révolutionnaire (...), le mot capitaliste pour désigner les magasins, l'absence de référence à l'islam, au djihad font qu'en effet la piste islamiste en tant que telle n'est pas la piste première», a-t-il ajouté.

La ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie avait elle aussi exprimé mardi le scepticisme des services antiterroristes sur une piste afghane en raison du langage utilisé dans la lettre ou de l'absence de référence religieuse, soulignant toutefois que toutes les pistes restent ouvertes.

«Des centaines de pistes»

Selon M. Merchet, il peut y avoir «des centaines de pistes», allant «du groupe de furieux desperados d'ultra-gauche ou d'ultra-droite à des islamistes en perdition».

(ats)

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