Allemagne : La gauche renverse la coalition de Merkel
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Allemagne La gauche renverse la coalition de Merkel

Le SDP, parti de gauche, et les Verts ont fait plier dimanche soir le CDU, parti conservateur d'Angela Merkel en Basse-Saxe.

Stephan Weil a annoncé qu'il était prêt à gouverner avec une majorité d'une seule voix.

Stephan Weil a annoncé qu'il était prêt à gouverner avec une majorité d'une seule voix.

L'alliance des sociaux-démocrates (SPD) et des Verts a fait tomber de justesse et au bout d'un long suspense dimanche soir le gouvernement régional de coalition des conservateurs (CDU) et des libéraux (FDP) de la chancelière Angela Merkel en Basse-Saxe. Ce succès est dû en grande partie au bon score obtenu par les Verts.

Le SPD et les Verts ont obtenu ensemble un siège de plus que les conservateurs et les libéraux. Si les résultats officiels le confirment, ce résultat devrait permettre à la gauche de faire chuter le gouvernement régional de David McAllister (CDU), qui avait été fortement soutenu par Mme Merkel pendant la campagne.

D'après les estimations des télévisions publiques allemandes ARD et ZDF, les conservateurs ont obtenu en Basse-Saxe environ 36% des voix (en baisse de 6,5 points par rapport à 2008), le FDP 9,9% (1,7), le SPD 32,6% (2,3) et les Verts 13,7% (5,5).

Le candidat du SPD pour ce scrutin régional, Stephan Weil, a annoncé dimanche soir qu'il était prêt à gouverner avec une majorité d'une seule voix. «En l'état actuel des choses, c'est mon intention», a-t-il dit.

Cette courte victoire dans la région de l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, conquise par la droite en 2003, est intervenue après plusieurs heures de suspense durant lesquelles droite et gauche sont restées au coude à coude. Elle revient en grande partie aux écologistes qui ont enregistré leur meilleure score de l'histoire dans cet Etat régional.

Il s'agissait dimanche du dernier test électoral avant septembre qui verra se succéder une élection régionale en Bavière et les législatives, scrutin pour lequel Angela Merkel part favorite.

Mea culpa de Steinbrück

Pendant des semaines, les sondages avaient prévu une victoire de la gauche en Basse-Saxe, qui abrite notamment le numéro un européen de l'automobile Volkswagen. Mais ces derniers jours, l'écart s'était réduit et les deux camps étaient donnés souvent à égalité.

Si la courte victoire de la gauche se confirme dans le 4e Land le plus peuplé d'Allemagne, ce résultat ne préjuge pas du résultat des prochaines législatives, tant Angela Merkel est aujourd'hui très populaire et conserve toujours une large avance au niveau national.

Mais ce résultat relance le candidat des sociaux-démocrates Peer Steinbrück dans la course à la chancellerie, après un début de campagne calamiteux où il a accumulé les gaffes. Il avait notamment choqué en estimant que le poste de chancelier n'était pas assez rémunéré compte tenu des responsabilités de la fonction.

Le résultat des élections en Basse-Saxe «montre que la course est loin d'être jouée» au niveau national, a d'ailleurs déclaré dimanche soir M. Steinbrück.

Visiblement soulagé par la victoire des siens, il a fait son mea culpa. «Je suis bien conscient qu'il n'y a pas eu d'élan positif» venant de la campagne nationale, a-t-il reconnu. Il a ajouté: «Je suis conscient que j'en ai une bonne part de responsabilité». Il a promis qu'il ferait désormais plus attention à sa communication.

Retour du FDP

Outre le SPD et les Verts, l'autre gagnant de cette élection est le FDP qui a obtenu son score le plus élevé de l'après-guerre en Basse-Saxe alors qu'il risquait, selon les sondages, de perdre sa représentation au parlement régional avec un score inférieur à 5%.

Les libéraux semblent avoir bénéficié de voix d'électeurs de la CDU, qui voulaient assurer le maintien de la majorité actuelle des conservateurs et du FDP. Ce résultat offre en tout cas un répit au vice-chancelier et ministre de l'Economie, Philipp Rösler, qui était sous pression pour quitter la présidence du FDP, après une série de mauvais résultats dans d'autres scrutins régionaux. (ats)

Angela Merkel reconnaît un échec «douloureux»

Angela Merkel a reconnu lundi avoir subi un échec «douloureux» en perdant les élections régionales de dimanche. Cette défaite intervient à huit mois des législatives au cours desquelles elle briguera un troisième mandat de chancelière.

«Je ne vais pas faire semblant: après toutes les émotions suscitées par cette élection, la défaite fait d'autant plus mal», a commenté Mme Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin. «Nous sommes tous tristes aujourd'hui, tristes que cela n'ait pas fonctionné», a-t-elle ajouté.

Au terme d'une soirée électorale à suspense, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts ont renversé la coalition constituée par l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière et les libéraux (FDP), la même que celle qui gouverne au niveau fédéral. La victoire a été acquise de justesse, avec un siège d'avance, après un long coude à coude.

«Une majorité d'une voix peut être très stable», a lancé le maire SPD de Hanovre Stephan Weil, qui devrait succéder au chrétien-démocrate David McAllister au poste de ministre-président. M. McAllister était jusqu'ici considéré comme le successeur potentiel d'Angela Merkel lorsque celle-ci passera la main.

FDP ébranlé

La défaite a ébranlé le FDP, malgré un score historique de 9,9% en Basse-Saxe obtenu grâce au soutien d'électeurs conservateurs pour l'aider à franchir la barre des 5% permettant d'avoir des élus.

Le ministre fédéral de l'Economie Philipp Rösler a offert d'abandonner la tête de ce parti, mais cette démission a été refusée. Il va laisser toutefois la direction de la campagne nationale des libéraux pour les législatives du 22 septembre à Rainer Brüderle, ancien ministre de l'Economie et actuel chef du groupe FDP au Bundestag.

Avertissement pour Merkel

Le scrutin de dimanche constitue un avertissement pour Mme Merkel, qui milite avec constance en faveur d'un maintien au pouvoir de l'actuelle coalition au niveau fédéral. «Cela ne pouvait pas être pire» pour les conservateurs, affirme le magazine de centre gauche «Der Spiegel» sur son site web, évoquant «le cauchemar de Merkel».

«Les pertes de la CDU sont particulièrement significatives» en Basse-Saxe, juge Niels Diederich, politologue à l'Université libre de Berlin.

Depuis le début de son deuxième mandat, en 2009, le parti de la chancelière a reculé quasiment à chaque scrutin local et a accumulé plusieurs défaites majeures, notamment en perdant de grands Länder de l'ouest comme la Rhénanie du nord-Westphalie et son fief historique du Bade-Wurtemberg. «Mme Merkel est une reine sans royaume», a raillé lundi Andrea Nahles, secrétaire générale du SPD.

La très forte popularité de la chancelière, qui permet à la CDU de se maintenir au-dessus de 40% des intentions de vote au niveau national, ne fera pas tout aux législatives, avertit M. Diederich. «Nous avons bien vu avec David McAllister, qui était aussi très apprécié, que la traduction de cette popularité en votes ne s'est pas faite», note-t-il.

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