La Grande-Bretagne a peur de ses jeunes
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La Grande-Bretagne a peur de ses jeunes

LONDRES - Un groupe de réflexion va jusqu'à parler de «pédophobie».

A en croire une enquête, les jeunes en Grande-Bretagne sont considérés comme une menace, plus que dans d'autres pays européens. Signe de cette peur, il ne se passe pratiquement pas un seul jour sans que les adolescents fassent la Une des médias.

Pour les tabloïds, ils sont les «hoodies» (terme venant du mot «capuche») ou les «chavs» (pour les vêtements de sport portés par les jeunes issus de la classe ouvrière), prompts au «binge-drinking» (biture express), enclins à commettre des actes de délinquance...

Le gouvernement a sa propre terminologie pour les jeunes en difficulté, de NEETS -»not in employment, education or training» (jeunes sans emploi, en dehors du système d'éducation ou de formation) - à ASBOs -»anti-social behavior orders» (mesures ordonnées en cas de comportement antisocial). Sans compter qu'une récente série de meurtres, impliquant des adolescents à Londres, a établi des liens à la Une entre crime et jeunesse.

«Il y a toujours eu en Grande-Bretagne une culture un peu anti-enfants», observe Julia Margo, l'un des auteurs d'un rapport sur la jeunesse britannique de l'Institute for Public Policy Research, groupe de réflexion de centre-gauche. «Il y a (aussi) un grand nombre d'enfants qui traînent dans les rues sans rien à faire», dit-elle. Le tout «contribue à la pédophobie».

D'après l'enquête de l'institut, les adultes britanniques, plus que ceux d'autres pays européens, ont peur des jeunes. Face à des adolescents en train de vandaliser un abribus, les Britanniques ne sont que 34% à dire qu'ils tenteraient de les arrêter, contre 65% d'Allemands et 52% d'Espagnols.

Rien d'étonnant donc, à ce qu'un rapport de l'UNICEF, publié en février, affirme que les jeunes en Grande-Bretagne sont les plus malheureux des pays développés.

Dans la moyenne en matière de santé et de sécurité, la Grande-Bretagne dégringole à l'avant-dernière place du classement pour ce qui est de la pauvreté des enfants, et carrément en dernière position pour la rubrique «relationnel», qui mesure des facteurs comme le nombre de familles monoparentales, ou le temps passé en compagnie d'amis ou de proches.

Les jeunes Britanniques sont en revanche en tête du classement pour les comportements à risques, boisson, drogue et sexe. Près d'un tiers des 11-15 ans auraient déjà été ivres deux fois ou plus, soit le niveau le plus élevé de tous les pays étudiés.

Les pays obtenant les meilleurs résultats -Pays-Bas, Suède, Danemark, Finlande- présentent des taux de pauvreté relativement bas, des réseaux de soutien familiaux et amicaux importants, et de faibles niveaux de comportements à risques chez les ados.

A cette enquête de l'UNICEF, Londres a répliqué que ces données avaient été réunies entre 2001 et 2003 et que des progrès avaient été enregistrés depuis dans nombre de secteurs. L'opposition a elle pointé du doigt l'effondrement des valeurs familiales, et la culture du «moi d'abord», le parlementaire conservateur Alan Duncan déplorant une érosion de l'autorité.

Pour les spécialistes, les causes du problème sont complexes. Certaines sont spécifiquement britanniques -comme le gris du ciel qui conduit les adultes à fréquenter les pubs plutôt que des cafés en plein air où les enfants sont les bienvenus. Le taux de divorce élevé et la culture du travail font que nombre d'enfants passent moins de temps avec leurs parents que leurs homologues européens.

Le taux de natalité en baisse et une société vieillissante pourraient aussi contribuer à l'intolérance à l'égard d'une jeunesse tapageuse. «Les adultes ne supportent plus les enfants bruyants dans les rues», juge Stuart Waiton, du groupe de recherche Generation Youth Issues.

Rare voix adulte à soutenir les jeunes, l'éditorialiste Barbara Ellen salue elle dans «The Observer» leur esprit de rébellion, qui a si souvent donné naissance à des sous-cultures dignes d'intérêt, punk ou pop... AP

cr/v/nc (ap)

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