Crise de la dette: La Grèce se rapproche d'une sortie de l'euro
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Crise de la detteLa Grèce se rapproche d'une sortie de l'euro

La crise de la dette est relancée par la Grèce. Les analystes sont toutefois partagés sur les conséquences: contagion et récession grave, ou au contraire endiguement de l'incendie.

Des responsables grecs et européens ont clairement prévenu mercredi que la Grèce, plongée dans une grave crise politique à l'issue des législatives de dimanche, risquait de sortir de la zone euro si elle échouait à former un gouvernement pour mettre en oeuvre l'austérité réclamée par ses bailleurs de fonds internationaux.

«Les élections ont accru le risque de voir la Grèce choisir la sortie», affirme dans une note Bruno Cavalier, d'Oddo Securities. L'instabilité politique «nous renforce dans notre conviction que la Grèce pourrait quitter la zone euro dès la fin de l'année», renchérit Capital Economics.

Concrètement, si Athènes ne parvient pas à trouver un accord politique pour respecter les conditions du plan de sauvetage de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), c'est-à-dire une poursuite, à marche forcée, de la réduction des déficits et des réformes structurelles, les bailleurs de fonds ne lui verseront plus un euro.

Ce sera la faillite, et, dans l'immédiat, «un bain de sang social pour les Grecs, puisque l'Etat devra stopper certaines dépenses comme les allocations ou le traitement des fonctionnaires», souligne à l'AFP Jésus Castillo, de Natixis.

«Les lignes bougent depuis l'élection de Hollande»

Mais cet économiste fait partie de ceux qui ne croient pas à une telle issue. Selon lui, «les lignes bougent en Europe depuis l'élection de François Hollande à la présidence de la France». «Cela pourrait amener l'Europe et le FMI à annoncer quelques mesures pour soutenir la croissance et montrer aux Grecs qu'ils n'ont pas l'austérité comme unique horizon», assure-t-il.

Du coup, espère Jésus Castillo, les partis helléniques pourraient trouver un accord, conscients du fait qu'une majorité d'électeurs veulent conserver la monnaie commune.

Si toutefois le scénario noir venait à se réaliser, les avis divergent sur les conséquences économiques pour la zone euro. Une «nouvelle séquence de stress majeur» n'est pas à exclure sur les marchés, estime Fabrice Cousté, de CMC Markets.

Alors que la tempête semblait passée, le retour de la défiance et des incertitudes «pourrait à lui seul aggraver la brève récession traversée par la zone euro» en ce début d'année, redoute Gillian Edgeworth, d'Unicredit.

«Ni l'UE ni le FMI» ne peuvent endiguer la crise

Et pour le courtier Aurel BGC, «l'idée même de l'Europe» serait remise en cause «aux yeux des marchés», poussant les investisseurs à se détourner davantage encore des pays déjà fragilisés comme le Portugal, l'Irlande ou l'Espagne.

Surtout, prévient l'économiste d'Unicredit, «ni l'UE ni le FMI n'ont encore mis en place les pare-feu suffisants pour gérer une telle crise» et la Banque centrale européenne (BCE), seul pompier bien équipé, serait dès lors contrainte d'injecter dans le système financier encore plus d'argent qu'elle ne l'a fait ces derniers mois. Selon lui, les créanciers publics d'Athènes vont donc chercher une solution, ne serait-ce que pour tenir le temps de renforcer ces pare-feu.

A contrario, certains experts pensent que le cas grec a été isolé. «Une partie de la dette grecque est passée des investisseurs privés vers des créanciers publics, une partie a été annulée et une autre rachetée par la BCE, tandis que les banques ont réduit leur exposition et provisionné le risque de défaut», juge Jésus Castillo.

Bruno Cavalier qualifie pour sa part de «nul, dans l'immédiat», le risque de voir un autre Etat imiter la Grèce et sortir de l'euro, puisqu'il faudrait auparavant qu'Athènes démontre qu'une réintroduction de la drachme et une dévaluation permettent de renouer avec la croissance, une probabilité «extrêmement faible».

Pour cet analyste, «une sortie de la Grèce pourrait donc être paradoxalement un facteur de cohésion pour les autres membres» de la zone euro, dont la vie est «littéralement empoisonnée» par la crise grecque depuis plus de deux ans. (afp)

La Grèce doit respecter ses engagements pour rester dans l'euro

La Grèce doit respecter les engagements pris auprès de ses créanciers et mettre en oeuvre les réformes promises si elle veut rester dans la zone euro, a prévenu mercredi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, lors d'un colloque à Bruxelles.

«Si la Grèce veut rester, et la grande majorité des Grecs veut rester (dans l'euro), il n'y a pas de meilleure voie que celle que nous avons choisie. On ne peut pas avoir l'un (le sauvetage financier et l'euro) sans l'autre», à savoir les économies et les réformes, a affirmé le ministre, s'exprimant au sujet de la Grèce, confrontée à une impasse sur le plan politique qui pourrait causer sa sortie de l'Union monétaire.

Alexis Tsipras demande à rencontrer François Hollande

Alexis Tsipras, le chef du parti de la gauche radicale grecque Syriza, chargé de former un gouvernement de coalition depuis mardi, a demandé à rencontrer le président élu français François Hollande, a-t-on appris mercredi auprès de son parti. «Nous avons demandé un rendez-vous avec M. Hollande jeudi ou vendredi, à l'occasion de la visite jeudi à Paris de M. Tsipras, pour s'entretenir avec le leader de la gauche radicale française Jean-Luc Mélenchon», a déclaré à l'AFP une porte-parole de Syriza, confirmant une information du site du journal français de gauche «humanité.fr».

Samaras refuse d'entrer dans la coalition

Antonis Samaras, chef de file de la Nouvelle démocratie (ND) et du camp conservateur grec, a refusé mercredi de s'associer à un gouvernement dirigé par la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras. Cette dernière est hostile aux conditions du plan d'aide international. «M. Tsipras (...) m'a demandé d'accepter une sortie de l'euro et la faillite du pays. Je ne le ferai pas», a-t-il déclaré après un entretien avec l'intéressé.

La décision de Samaras n'est pas une surprise. Quelques heures plus tôt, le Parti socialiste (Pasok) avait lui aussi exclu de former une coalition avec la formation de Tsipras, arrivée en deuxième position aux législatives de dimanche.

Quelques heures plus tard, mercredi soir, le bureau de presse de M. Tsipras a précisé que ce déplacement serait probablement reporté à vendredi car le leader de la gauche radicale doit rencontrer jeudi à Athènes à 10H00 GMT le chef d'Etat grec, Carolos Papoulias.

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