Actualisé 12.06.2012 à 06:54

Elections en GrèceLa Grèce votera sous la menace

Sous l'épée de Damoclès d'une sortie de l'euro, la Grèce retournera le 17 juin aux urnes pour un scrutin qui préoccupe gravement les dirigeants européens et les marchés financiers.

La droite et la gauche radicale semblent au coude à coude pour prendre les rênes d'un pays surendetté, devenu le maillon faible de l'UE. Les sondages sont désormais muets et personne ne se risque à prédire qui l'emportera d'Antonis Samaras, 62 ans, patron de la Nouvelle Démocratie (ND) ou d'Alexis Tsipras, 37 ans, chef du Syriza, la gauche radicale.

Le leader conservateur se dit le garant du maintien de la Grèce dans la zone euro, mais veut renégocier le «memorandum», le plan de rigueur négocié avec les prêteurs internationaux en contrepartie de l'aide financière.

Son rival de gauche clame qu'il «annulera» cet accord signé par les partis traditionnels «soumis au diktat des créanciers». Il s'affirme malgré tout en faveur de l'euro, auquel 80% de Grecs disent ne pas vouloir renoncer.

Exaspération

En deux ans, c'est une aide massive de 347 milliards d'euros - deux «prêts» de 110 et 130 milliards courant jusqu'en 2015, et un effacement de dettes de 107 milliards -, qui a été accordée à la Grèce, l'équivalent d'une fois et demi de son PIB.

Plongeant le pays dans le brouillard, provoquant une exaspération en Europe et la suspension «temporaire» du versement de 2,6 milliards d'euros d'aide, le précédent scrutin du 6 mai n'a dégagé aucune majorité claire.

Depuis, la Grèce semble au bord de la faillite, les indicateurs sont au rouge vif: un PIB en chute de 6,5%, le chômage à 21,9%, un manque de recettes budgétaires de 1,7 milliard d'euros et des caisses en zone critique fin juin.

«Le memorandum est déjà mort»

Tandis que se renforçait la polarisation politique, qui peut se retraduire en impasse et nouvel appel aux urnes en juillet, le pays s'est installé dans un déni que les sacrifices déjà consentis n'expliquent pas totalement.

«L'enjeu réel maintenant est de garder l'euro, et non de se prononcer sur le memorandum comme le 6 mai qui a donné lieu à un vote sanction anti-rigueur», dit Vassiliki Georgiadou, politologue à l'Université Pantion d'Athènes.

Estimant que «l'ambiance est surréaliste», le quotidien libéral «Kathimérini» reproche aux Européens leur cécité en «rejetant toute idée de changements drastiques» de la cure d'austérité, alors que «le memorandum est déjà mort».

Avertissements

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, la «condition» d'un maintien de la Grèce dans l'euro est pourtant que son «prochain gouvernement respecte le memorandum signé avec le FMI, la BCE et la Commission européenne».

Quant au président français François Hollande, il a affirmé que «les Grecs doivent être mis devant leurs responsabilités: attention, ce que vous allez décider le 17 juin va avoir des conséquences, pour vous et pour nous».

L'agence de notation Moody's a prévenu qu'une sortie de la Grèce de l'euro pourraient dégrader les notes AAA de la France ou l'Allemagne, et celles d'autres pays de la zone euro. Le président américain Barack Obama a renchéri vendredi, avertissant les Grecs que les difficultés du pays seraient «sans doute pires» s'il devait abandonner l'euro.

«Une catastrophe»

Rares sont en Grèce ceux qui relaient sans s'en indigner, ou partagent ces appels. Les scénarios, devenus insistants, de la sortie de l'euro, sont aussi rejetés comme non crédibles.

C'est dans ce contexte que l'ex-premier ministre grec, Lucas Papademos, a lancé dans un colloque jeudi à Copenhague un avertissement à ses compatriotes pour le respect des engagements pris. Sinon, c'est la sortie de l'euro, a-t-il averti, avec des conséquences économiques qui «seraient désastreuses pour la Grèce, et pour le dire d'un mot grec: une catastrophe».

(ats)

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