Lausanne - La hausse de la taxe de séjour exaspère certains hôteliers
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LausanneLa hausse de la taxe de séjour exaspère certains hôteliers

Déjà repoussée d’un an en pleine criseCovid-19, une prochaine augmentation des frais perçus sur les touristes déplaît à l’association GastroLausanne. Le syndic réagit.

par
Frédéric Nejad Toulami
Le nombre de nuitées s’est effondré en villes de plaine depuis le début de la pandémie.

Le nombre de nuitées s’est effondré en villes de plaine depuis le début de la pandémie.

Fassbind

«Pour un couple avec deux enfants qui viendraient passer un week-end dans un hôtel trois étoiles dans la région lausannoise, ça leur reviendrait à 50 fr. à payer en taxe de séjour.» Présidente de l’association professionnelle GastroLausanne et patronne de deux hôtels, Susan Sax n’en démord pas. Avec d’autres confrères de la branche, elle s’oppose au projet de hausse de plus de 2 fr. (selon le nombre d’étoiles de l’établissement) par personne et par nuit, de cette taxe, proposée par le Fonds pour l’équipement touristique de la région lausannoise (FERL). Cet organisme regroupe une dizaine de communes de l’agglomération de la capitale vaudoise. Et trois d’entre elles ont déjà avalisé cela.

Cet argent doit servir à financer des événements sportifs et culturels pour attirer les touristes ainsi que le futur site de Beaulieu. Mais sa date d’introduction au 1er janvier 2022, si toutes les communes l’acceptent, fait grimper au plafond certains hôteliers. Eux se démènent face à la grave crise due à la pandémie qui semble avoir tué les nuitées d’affaires et fait chuter celles des loisirs. GastroLausanne dit que ses membres opposés à ce calendrier représentent la majorité des lits de location dans la région.

Les autorités politiques considèrent toujours le tourisme comme une vache à lait

Eric Fassbind, patron d’un groupe hôtelier

Parmi les autres professionnels mécontents hier, lors d’une visioconférence de presse, Bernard Russi et Eric Fassbind. L’un et l’autre dénoncent l’agenda pour l’introduction d’une telle hausse voire l’existence même de cette taxe, «alors que dans certaines villes comme Zurich, elle n’existe pas». Et de demander pourquoi c’est aux touristes de passage de financer le projet de Beaulieu. Eric Fassbind regrette que les autorités politiques considèrent toujours le tourisme comme une vache à lait et souhaite carrément l’abandon de cette taxe.

Bernard Russi, lui, rappelle que l’hôtellerie de ville, en plaine, est durement frappée par la crise du coronavirus: D’ailleurs ce type de taxes de séjour sont démodées, il faudrait innover en la matière.» Tous réclament d’attendre au moins la reprise économique, annoncée courant 2024 si tout se déroule bien, pour inaugurer cette taxe augmentée.

On ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre sans rien anticiper ou financer

Stefano Brunetti, président d’Hôtellerie Lausanne

Certains hôteliers lausannois sont cependant favorables au nouveau montant calculé de cette taxe, à l’image de Stefano Brunetti. Directeur général de l’Hôtel de la Paix et président de l’Association Hôtellerie Lausanne il déclare: «Tout le monde profite aujourd’hui des fonds du FERL et de la taxe de séjour. Il s’agit de ne pas se voiler la face et de vouloir le beurre et l’argent du beurre sans rien anticiper ou financer. On ne peut profiter des projets financés par le FERL et ne pas se soucier ou contribuer à son financement. Il faut voir à moyen et long termes.» Stefano Brunetti admet cependant qu’il serait justifié d’attendre au moins au 1er janvier 2023 avant d’introduire cette nouvelle hausse, étant donné la crise actuelle dans le secteur hôtelier.

Nous sommes évidemment prêts à entrer en matière

Grégoire Junod, syndic de Lausanne

«Nous sommes évidemment prêts à entrer en matière et réfléchir si on nous fait la demande officielle de déplacer son entrée en vigueur», tempère le syndic de Lausanne Grégoire Junod. Sa ville n’a pas encore voté formellement sur cette hausse et le calendrier. Il souligne toutefois que les hôteliers avaient été consultés en amont et que cette taxe remaniée permettra aussi de faire payer les plateformes de location de type Airbnb.

Grégoire Junod insiste sur la nécessité d’avoir des moyens de promotion, de type culturel et sportif, pour promouvoir Lausanne et sa région du côté alémanique et à l’étranger. «C’est utile et ça n’est pas qu’aux Lausannoises et Lausannois de financer cela», souligne-t-il, avant de constater: «Nous avons connu un record de nuitées en 2019. Et je ne crois pas qu’un touriste va refuser de venir à cause d’une taxe de séjour. Ce qui est déterminant, ce sont la qualité de l’hôtel et son accueil, ainsi que le charme de la destination.»

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