Climat – La hausse du niveau des mers est deja critique pour certains Americains
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Climat«Des Américains ne se rendent pas compte des réfugiés climatiques»

Des chercheurs américains sonnent l’alarme sur les conséquences financières de l’élévation continue du niveau des mers, liée au réchauffement climatique. Ils ont étudié l’île de Tangier, qui disparaît sous les eaux de la baie de Chesapeake, en Virginie. Un cas particulier pour sensibiliser l’opinion mondiale.

AFP

L’élévation continue du niveau de la mer est une des conséquences les plus graves du réchauffement climatique, selon le dernier rapport du GIEC. À l’avenir, elle obligera des populations à migrer vers des terres plus élevées, créant ainsi de plus en plus de «réfugiés du changement climatique». Des scientifiques américains viennent de publier dans «Frontiers in Climate», une recherche alertant sur ce phénomène, relève eurekalert.org. Ils ont étudié le cas de l’île de Tangier, qui disparaît progressivement sous les eaux de la baie de Chesapeake en Virginie, aux États-Unis.

Sa population est passée de plus de 1100 habitants au début des années 1900 à 436 en 2020. En 2019, la ville avait perdu 62% de sa surface habitable initiale depuis 1967. Et, d’ici à quinze à trente ans, l’île risque d’en perdre la totalité. «Notre étude montre que l’élévation du niveau de la mer a déjà eu un impact sévère sur cette petite ville des États-Unis. Bientôt, ces Américains, habitants de la dernière communauté de pêcheurs isolée de Virginie, deviendront des réfugiés du changement climatique, contraints de se relocaliser», a déclaré l’auteur principal de l’étude, David Schulte, du College of William and Mary.

Et de poursuivre: «Nous avons constaté que l’élévation locale du niveau de la mer dans la région de la baie de Chesapeake est supérieure à la moyenne mondiale, et qu’elle s’accélère selon une tendance similaire au taux moyen mondial. Le taux de conversion des terrains élevés en zones humides était généralement une tendance à l’accélération, tout comme l’élévation du niveau de la mer qui en est la cause.»

La désinformation gronde

Selon la recherche, le cas de l’île de Tangier est un avertissement pour les effets et le coût économique de la hausse continue du niveau de la mer. La relocalisation d’une ville de 436 habitants est évaluée entre 100 et 200 millions de dollars. Les auteurs estiment que la protection et la restauration complètes de la ville coûteraient entre 250 et 350 millions de dollars. Parmi les actions possibles: application de pierres de protection le long des côtes vulnérables de l’île et le rehaussement des crêtes à l’aide de sable de dragage. Il existerait aussi des solutions naturelles: les récifs d’huîtres. Mais le prix reste élevé: entre 100’000 et 300’000 dollars supplémentaires par hectare de récif.

«Notre étude montre que les effets de l’élévation du niveau de la mer aux États-Unis sont déjà graves dans certaines régions, obligeant déjà les gens à se déplacer, ce dont la plupart des Américains ne se rendent pas compte, principalement en raison de la désinformation», a précisé David Schulte.

L’expert n’a pas manqué pas de rappeler qu’un de ses articles scientifiques a fait l’objet d’une désinformation. En 2015, il révélait que l’île de Tangier avait perdu 67% de sa masse terrestre totale depuis 1850 en raison d’une combinaison d’élévation relative du niveau de la mer et d’érosion côtière. À la suite de sa publication, il a été prétendu que seule l’érosion côtière était responsable de la perte de terre habitable. Or c’était faux.

Donald Trump: «Ne vous inquiétez pas!»

Depuis des années, les habitants de l’île de Tangier sont témoins de l’engloutissement de leurs terres par les eaux de la baie de Chesapeake, dont le niveau ne cesse de monter. Pour rappel, le 9 juin 2017, CNN avait réalisé un reportage sur l’île américaine menacée du réchauffement climatique. À la suite de cette publication, l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, avait décidé d’appeler le maire de Tangier quelques jours plus tard. «Il a dit que nous ne devrions pas nous inquiéter de la montée des eaux, avait alors rapporté le maire James Eskridge dans les médias américains. Il a dit que notre île est là depuis des centaines d’années et qu’elle y resterait pendant encore des centaines d’autres.»

(kaa)

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