Suisse: La journée de la navigation lance la saison
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SuisseLa journée de la navigation lance la saison

La Journée de la navigation a été célébrée dimanche, et a marqué le début de la saison sur les lacs et les cours d'eau suisses, malgré le temps maussade.

Malgré le temps maussade, les lacs et cours d'eau suisses étaient à la fête dimanche, avec la Journée de la navigation, qui marque le début de la saison. Les compagnies, elles, ne sont plus à la fête depuis plusieurs années. Elles ont souvent besoin de l'aide publique pour se maintenir à flot.

Sans subventions, elles n'ont souvent pas les moyens de procéder aux investissements nécessaires. Le dernier exemple en date émane de la compagnie BLS, dont la direction a carrément menacé de renoncer à la navigation sur les lacs de Thoune et de Brienz (BE) si le canton de Berne ne lui venait pas en aide.

Solution à trouver

«La navigation sur ces deux lacs est un exemple typique d'un cas 'trop important pour faire faillite' ('too important to fail') pour l'Oberland bernois», explique Stefan Schulthess. Il est président de l'Association des entreprises suisses de navigation (AESN) et directeur de la compagnie du lac des Quatre-Cantons.

Il arrive à peine à s'imaginer qu'un jour il n'y ait plus de bateaux qui naviguent sur les lacs de Thoune et de Brienz. Les acteurs de la région touristique de l'Oberland bernois vont réussir à trouver une solution, prédit-il. La navigation est trop importante pour la population et pour la branche du tourisme. Ce secteur doit, selon M. Schulthess, être considéré comme un service public.

La CGN en mains des cantons

C'est la conclusion qui a manifestement prévalu sur le lac Léman. Il y a deux ans, les cantons de Vaud, de Genève et du Valais ont injecté 40 millions de francs pour acquérir la majorité du capital de la Compagnie générale de navigation sur le Léman (CGN), qui avait besoin d'être assainie. Auparavant, les cantons concernés ne détenaient que 5% du capital.

La rentabilité d'une compagnie de navigation dépend fortement de l'environnement dans lequel se trouve le lac. Si celui-ci est attractif, le secteur de la navigation en profite aussi.

«Sur le lac de Bienne, par exemple, le succès de la société de navigation dépend notamment de la capacité de l'hôtel et du restaurant de l'Ile St-Pierre d'attirer suffisamment de visiteurs», analyse le spécialiste. A Lucerne, on a de la chance: «Quand les visiteurs sortent de la gare, ils voient immédiatement nos bateaux, avec la ville et les montagnes en arrière-plan».

Dans une région touristique, les différents prestataires dépendent les uns des autres. «Chez nous, si les chemins de fer du Rigi ou du Pilate ne marchaient pas bien, nous aurions aussi un problème», explique M. Schulthess.

De même, selon lui, la fermeture prévue de l'hôtel et du restaurant sur l'Ile de Brissago, sur le lac Majeur, devrait renforcer les problèmes que connaît la compagnie de navigation.

Recette: la diversification

Aujourd'hui déjà, la majorité des entreprises de navigation n'arrivent plus à tourner de manière autonome. Les coûts sont élevés et les recettes ne peuvent être engrangées que durant la belle saison.

«C'est une branche difficile, comme l'ensemble du secteur touristique», relève le président de l'association faîtière. «Les compagnies de navigation ont une activité saisonnière et leur succès dépend fortement des conditions météorologiques». Pour rester dans les chiffres noirs, elles sont donc presque obligées d'étendre leurs activités à d'autres domaines afin de pouvoir davantage répartir leurs recettes sur l'ensemble de l'année.

La compagnie du lac des Quatre-Cantons a ainsi trois domaines d'activité: «Outre la navigation, nous exploitons la plus grande entreprise gastronomique de la région et le plus grand chantier naval de Suisse», détaille Stefan Schulthess. Avec uniquement les recettes des billets des voyageurs, il est presque impossible de maintenir une société de navigation à flot, estime-t-il.

Mais les compagnies n'ont pas la possibilité de se diversifier dans toutes les régions. Notamment parce qu'une telle opération est onéreuse. «En outre, il leur manque parfois simplement aussi la force entrepreneuriale».

Pas de nouveaux clients

La branche n'a pas réussi à attirer de nouveaux clients, comme par exemple les touristes asiatiques, dont le nombre est croissant. «Contrairement aux chemins de fer de la Jungfrau ou du Titlis, nous n'avons pas su nous vendre de manière ciblée en Asie», constate le professionnel.

D'un autre côté, c'est aussi plus difficile pour les entreprises de navigation, car les Asiatiques cherchent avant tout «la neige et le 'shopping'». Faire une balade en bateau est trop ennuyeux pour eux.

Pour M. Schulthess, le soutien de l'Etat est indispensable et la navigation doit être considérée comme un service public, comme les transports publics. (ats)

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