Actualisé 16.08.2012 à 15:37

Russie

La juge des Pussy Riot placée sous protection

La juge chargée du procès des membres du groupe Pussy Riot a été placée sous protection de l'Etat à la suite de menaces, à la veille de la lecture du jugement de ce procès controversé.

«Les menaces émanent de partisans des membres du groupe», a indiqué à l'AFP cette porte-parole, Daria Liakh, refusant de préciser si la famille de la juge Marina Syrova allait également être placée sous protection.

Mme Syrova doit entamer vendredi à 11H00 GMT la lecture du jugement de Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, qui comparaissent depuis fin juillet et sont en détention provisoire depuis près de cinq mois.

Les prévenues doivent répondre de «hooliganisme» et d'«incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté le 21 février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine» du pouvoir.

Le procureur a requis trois ans de camp contre chacune d'elle. Les avocats de la défense ont, quant à eux, plaidé la relaxe.

L'affaire a profondément divisé la société russe, de nombreux prêtres et fidèles dénonçant la profanation de la cathédrale et une attaque en règle contre l'Eglise. Mais d'autres, y compris au sein de l'Eglise, ont également jugé les poursuites à leur encontre et leur maintien en détention disproportionnés avec les faits reprochés.

«Je ne vois qu'une seule issue: (...) avant l'énoncé du jugement, il faut trouver l'occasion pour dire quelques mots appelant au respect des droits de l'homme, à des débats honnêtes, à la miséricorde, et dire que nous ne voulons pas de vengeance», a déclaré sur son blog le père Andreï Kouraïev, professeur à l'Académie de théologie et un des blogueurs orthodoxes les plus connus.

«Interdit de ne pas se rendre» en soutien au tribunal

L'affaire a par ailleurs pris une dimension internationale et les trois femmes ont reçu de nombreuses marques de soutien à travers le monde, notamment de la part de députés allemands, de la chanteuse américaine Madonna et de l'artiste d'avant-garde Yoko Ono, veuve de John Lennon.

Une journée mondiale de soutien aux trois jeunes femmes doit avoir lieu le 17 août, le jour de la lecture du jugement à Moscou. L'écrivain Boris Akounine, une des figures de la contestation en Russie, a de son côté appelé à se rendre au tribunal vendredi pour soutenir les jeunes femmes. «Je vais aller au tribunal Khamovnitcheski, tout simplement pour être là-bas», a-t-il écrit jeudi sur son blog. «Demain, d'après moi, (...) il est interdit de ne pas se rendre» au tribunal.

Mme Syrova a été nommée juge fédérale du tribunal Khamovnitcheski en 2008. Selon des observateurs, elle a eu tendance à rendre des jugements en faveur du parquet. «Dans 90% des cas, elle est d'accord avec les arguments du parquet», a écrit le site en ligne OpensSpace.ru, qui a analysé ces jugements au cours des trois dernières années. «Sur les 178 jugements délivrés par Marina Syrova, il y a eu une seule relaxe», a ajouté cette même source.

Les critiques ont fusé de toutes parts au procès des Pussy Riot, notamment à l'encontre de la juge Syrova, accusée d'avoir refusé des témoins cités par la défense ou d'avoir sermonné les avocats. «J'espère qu'ils vont la protéger avec des mesures spéciales, avec des chiens», a lancé, caustique, un des avocats de la défense, Nikolaï Polozov, sur son compte Twitter, faisant référence au fait que les membres des Pussy Riot sont suivies par un chien de garde lorsqu'elles entrent et sortent du tribunal. (afp)

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