Actualisé 29.01.2019 à 18:27

Assassinat de Semhar (GE)La juge s'assoupit au beau milieu d'un procès à enjeu

Le procès en appel du tueur présumé de Semhar a été suspendu. Il risque fort d'être annulé.

de
Jérôme Faas
La jeune Semhar habitait le quartier de la Tambourine, à Carouge.

La jeune Semhar habitait le quartier de la Tambourine, à Carouge.

Keystone

Une juge qui s'endort en plein tribunal, alors que la perpétuité et l'internement sont requis: l'invraisemblable s'est produit ce mardi. «Quel gâchis! Quelle honte! C'est une triste première à Genève!», tempête Me Assaël, l'avocat de la famille de la jeune Semhar, violée et assassinée en 2012 (lire encadré). Voilà le procès en appel de son assassin présumé suspendu. Les chances qu'il soit annulé sont grandes.

La juge assesseure concernée s'est assoupie à plusieurs reprises, durant le réquisitoire du procureur puis pendant la plaidoirie de la défense. Celle-ci a demandé sa récusation. «Cela suscite un certain saisissement, réagit Me Hayat, avocate du prévenu. Alors que les enjeux sont considérables, que la peine et la mesure ultimes sont réclamées, on attend une justice en éveil, en état d'alerte constant. L'aptitude à remplir ses fonctions de la magistrate pose question.»

L'affaire ne fait que des perdants. «Voilà six ans et demi que la famille de Semhar attend que justice soit rendue. Cette procédure est un calvaire sans fin pour elle, qui ne peut avancer sur le chemin du deuil», déplore Me Assaël, évoquant un procès renvoyé «en tout cas de plusieurs mois (...). C'est intolérable.» Me Hayat partage cet avis. «Personne n'a rien à y gagner, mais on ne peut pas non plus continuer et prendre le risque qu'une juge délibère sans avoir assisté aux débats.»

Les autres magistrats de la juridiction d'appel, ceux qui ne siégeaient pas mardi, traiteront la demande de récusation. S'ils acceptent, le procès reprendra de zéro. Sinon, le Tribunal fédéral pourra être saisi.

Violée et étranglée

Semhar, une jeune Ethiopienne de 12 ans, a été violée et étranglée à Carouge le 23 août 2012. Le compagnon de sa mère, un chauffeur de taxi éthiopien, a été arrêté deux jours après les faits. En juin 2018, le prévenu, qui a toujours nié, a été condamné par le Tribunal criminel à 20 ans de prison et à une mesure d'internement pour assassinat, viol et actes d'ordre sexuel avec des enfants. Le Parquet plaidait la prison à vie, la défense l'acquittement. Le procès en appel avait débuté lundi.

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