Actualisé 07.11.2008 à 17:55

Espagne

La justice bloque l'enquête du juge Garzon sur le franquisme

La justice espagnole a décidé vendredi de bloquer les ouvertures de fosses communes ordonnées par le juge Baltasar Garzon.

Cela le temps qu'elle se prononce sur le bien fondé juridique de son enquête sur les «crimes contre l'humanité» du franquisme.

Une formation collégiale de juges de l'Audience nationale, tribunal dont dépend le juge Garzon, a accédé par 10 voix contre 5 à une demande du parquet en ce sens, a indiqué cette source.

Le juge Garzon a suscité une vive controverse politico- judiciaire en ouvrant le 16 octobre la première instruction jamais menée en Espagne sur les «disparus» républicains de la guerre civile espagnole (1936-39) et de la dictature franquiste (1939-75) «oubliés» dans des fosses communes.

Amnistie violée

En se fondant juridiquement sur les «crimes contre l'humanité» du franquisme il a en effet bravé une loi d'amnistie des crimes politiques de l'époque votée en 1977 au nom de la réconciliation nationale, deux ans après la mort du caudillo Francisco Franco.

Le parquet avait fait appel, jugeant que les crimes politiques visés sont couverts par l'amnistie et que la notion de crimes contre l'humanité n'était pas encore fixée par le droit international à l'époque des faits.

Le juge Garzon a reçu le soutien du Comité des droits de l'Homme de l'ONU, qui a demandé fin octobre à l'Espagne d'abolir la loi d'amnistie de 1977, la jugeant en contradiction avec les traités internationaux ratifiés par Madrid.

Les juges de l'Audience nationale ont ordonné vendredi au juge Garzon de «paralyser les activités tendant à l'exhumation de cadavres» tant que l'appel du parquet sur sa compétence n'aura pas été tranché.

Plus de 100 000 disparus

En ouvrant son enquête qui portant sur plus de 114 000 disparus, le juge Garzon avait ordonné l'ouverture de 19 fosses communes réparties dans tout le pays, dont celle près de Grenade (sud) où est censé être enterré le poète Federico Garcia Lorca, fusillé en 1936 par des miliciens fra

Le juge, qui se remet actuellement à l'hôpital d'une opération, avait donné jeudi son feu vert à l'ouverture de nouvelles fosses communes. Par l'intermédiaire de son collègue Santiago Pedraz, il avait également autorisé l'exhumation des restes de huit républicains fusillés qui reposent au mausolée à la gloire du franquisme, le Valle de los Caidos, à une soixantaine de kilomètres de Madrid.

Indépendamment de ce processus judiciaire, des associations proches de familles de victimes du franquisme procèdent depuis le début des années 2000, par leurs propres moyens, à des exhumations de restes de républicains, pour remettre leurs ossements à leurs proches.

(ats)

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