Atteinte à la personnalité: La justice veut tout savoir des clics sur quatre articles de «Blick»

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Atteinte à la personnalitéLa justice veut tout savoir des clics sur quatre articles de «Blick»

L’éditeur Ringier a perdu son procès après des publications sur l’ex-élue Jolanda Spiess-Hegglin. La justice demande au journal de se mettre à nu pour chiffrer le dommage.

par
Yannick Weber
Dans les cas précédents, les éditeurs ont préféré trouver des accords avec la partie gagnante.

Dans les cas précédents, les éditeurs ont préféré trouver des accords avec la partie gagnante.

20min/Michael Scherrer

L’éditeur Ringier va devoir tout dire à la justice. Elle demande le bilan chiffré de quatre articles publiés en 2014 et 2015: nombre de clics sur chacun d’eux, nombre d’appareils connectés sur l’app les jours où ils ont été publiés, nombre moyen de publicités affichées, nombre de journaux papier vendus à l’unité et total d’abonnés les jours en question et lectorat total. 

Le Tribunal cantonal de Zoug vient de juger que les quatre articles publiés par «Blick» et le «SonntagsBlick» au sujet de l’ex-élue verte Jolanda Spiess-Hegglin étaient attentatoires à son honneur. Le journal avait révélé un «scandale sexuel». L’ex-élue s’était réveillée après une soirée en 2014 et avait accusé un de ses collègues de lui avoir fait consommer de la drogue du violeur.

Un seul des cinq articles incriminés, supprimés ensuite en version en ligne, a été jugé conforme à l’intérêt public. Lourde tâche désormais: calculer combien «Blick» a gagné financièrement à travers ces articles pour que, ensuite, puisse être chiffrée la «remise du gain», ce qui serait une première à l’ère des médias digitaux (lire encadré). 

Possibilité de faire appel

Jolanda Spiess-Hegglin, par ailleurs ancienne journaliste, s’est félicitée dans une longue prise de position sur son site. Elle interprète l’affaire comme un avertissement contre le modèle d’affaire dit «clickbait», à savoir de maximiser le nombre de clics par des articles aux titres et tons sensationnalistes.

«Tous les médias devront à l’avenir réfléchir très sérieusement avant de publier des articles basés sur des rumeurs et de la calomine. Si l’argent ainsi gagné doit être rendu ensuite, cela ne vaut pas la peine», dit-elle. De son côté, Ringier annonce examiner la possibilité de faire appel de la décision.

Jusqu’ici, des accords

Ce n’est pas la première fois que la justice tentera de calculer le montant de la «remise du gain», à savoir quand celui ou celle dont la personnalité a été atteinte réclame réparation en fonction du bénéfice que le média a tiré de ses articles. En 2006, le père de la joueuse de tennis Patty Schnyder avait eu des démêlés avec Ringier et avait obtenu gain de cause. Plus récemment, Tamedia avait aussi reçu l’ordre de verser une remise du gain à un jet-setteur après des articles dans «20 Minuten». Dans les deux cas, le Tribunal fédéral avait admis le principe du versement de la remise du gain, mais les calculs n’avait finalement jamais été finalisés. Au lieu de longues procédures et du dévoilement de leurs affaires privées, les éditeurs avaient trouvé des accords avec l’autre partie au conflit.

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