Actualisé 06.05.2016 à 10:46

BrésilLa jutice suspend le président de l'Assemblée

Eduardo Cunha, instigateur de la destitution de Rousseff, est accusé d'entrave à la justice dans le scandale Petrobas.

1 / 131
La Cour suprême du Brésil s'est prononcée en faveur de la libération de José Dirceu, ex-chef de cabinet de Lula, condamné pour corruption dans le méga-scandale Petrobras. (Mardi 2 mai 2017)

La Cour suprême du Brésil s'est prononcée en faveur de la libération de José Dirceu, ex-chef de cabinet de Lula, condamné pour corruption dans le méga-scandale Petrobras. (Mardi 2 mai 2017)

Keystone
Réforme des retraites, crise économique, éducation, scandale de la viande avariée: les raisons de protester ne manquent pas au Brésil. Le mouvement Vem Pra Rua a appeler dimanche à manifester contre la corruption, à travers tout le pays. (Image d'illustration - 15 mars 2017)

Réforme des retraites, crise économique, éducation, scandale de la viande avariée: les raisons de protester ne manquent pas au Brésil. Le mouvement Vem Pra Rua a appeler dimanche à manifester contre la corruption, à travers tout le pays. (Image d'illustration - 15 mars 2017)

Keystone
A la mi-mars, une enquête policière de deux ans a révélé que des douzaines de collaborateurs des autorités sanitaires ont été corrompus pour certifier que la viande avariée était propre à la consommation. Malgré 30 arrestations et la fermetures de plusieurs usines, le scandale ne fait que s'empiler aux récentes révélation de corruption dans l'affaire Petrobras. (Image - 21 mars 2017)

A la mi-mars, une enquête policière de deux ans a révélé que des douzaines de collaborateurs des autorités sanitaires ont été corrompus pour certifier que la viande avariée était propre à la consommation. Malgré 30 arrestations et la fermetures de plusieurs usines, le scandale ne fait que s'empiler aux récentes révélation de corruption dans l'affaire Petrobras. (Image - 21 mars 2017)

Keystone

La justice brésilienne a suspendu jeudi le très controversé président du Congrès des députés Eduardo Cunha, stratège de la procédure de destitution de Dilma Rousseff, pour entrave aux enquêtes pour corruption le visant dans le scandale Petrobras.

Les 11 juges du Tribunal suprême fédéral (STF) ont ratifié jeudi soir à l'unanimité la suspension prononcée dans la matinée par l'un d'eux contre Eduardo Cunha, personnage clé de la crise politique historique qui ébranle le plus grand pays d'Amérique latine.

Le juge Teori Zavaski a motivé sa décision en accusant le troisième personnage de l'Etat brésilien d'avoir «usé de ses fonctions dans son propre intérêt et de façon illicite pour empêcher que les investigations à son encontre n'arrivent à leur terme».

Une douzaine de procédures

Membre du grand parti centriste PMDB du vice-président Michel Temer, Eduardo Cunha est en instance de jugement devant le STF pour avoir dissimulé sur des comptes en Suisse au moins cinq millions de dollars qui proviendraient de fonds détournés du groupe pétrolier étatique Petrobras.

Il est visé par 11 autres procédures devant le STF, pour d'autres soupçons de corruption liés au scandale Petrobras qui éclabousse une grande partie de l'élite politique, de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, au chef de l'opposition Aecio Neves.

«Il n'existe pas le moindre doute que le suspect (Eduardo Cunha) ne présente pas les conditions personnelles minimales pour exercer en ce moment, dans leur plénitude, les fonctions de président de la chambre des députés», a tranché le juge Zavaski.

Ecarté de l'après-Dilma ?

Cela «le qualifie encore moins pour le remplacement à la présidence de la République», a souligné le juge, évoquant l'hypothèse de plus en plus brûlante de l'accession prochaine de Eduardo Cunha au second rang dans la succession.

Mercredi prochain, les sénateurs vont en effet très probablement écarter Dilma Rousseff du pouvoir pendant un maximum de six mois, le temps de la juger et de se prononcer définitivement sur sa destitution.

Le vice-président Michel Temer assumera alors ses fonctions et nommera un nouveau autogouvernent. Maintenu dans ses fonctions, Eduardo Cunha serait ainsi devenu une sorte de vice-président de facto.

Eduardo Cunha a annoncé dans la soirée qu'il allait faire appel de cette décision de justice, écartant toute démission.

Représailles

«Il est clair que je suis la cible de rétorsions pour mon rôle dans la procédure d'impeachment. Mais cela va se terminer mercredi prochain, si Dieu le veut, avec la mise à l'écart de Dilma Rousseff pour que le Brésil puisse se libérer de l'ère du PT» (gauche, au pouvoir depuis 2003, NDLR), a-t-il déclaré à des journalistes devant sa résidence.

La justice brésilienne a mis plus de quatre mois pour répondre favorablement à une demande formulée par le procureur général Rodrigo Janot en décembre, au tout début de la procédure de destitution de Dilma Rousseff.

Pendant ces longs mois, Eduardo Cunha a eu tout le loisir de tirer les ficelles de cette procédure qu'il a menée au pas de charge jusqu'à son approbation par une écrasante majorité de députés le 17 avril.

Insultes

Adulé par les secteurs les plus conservateurs du parlement, honni par la gauche et une écrasante majorité de Brésiliens, il avait été ce jour-là copieusement insulté à la tribune par les députés de gauche: «Canaille!», «Voyou!», «Gangster!», «Putschiste!».

«Mieux vaut tard que jamais», a réagi avec amertume Dilma Rousseff. «La seule chose que je regrette, c'est qu'il est parvenu à présider ce lamentable processus d'impeachment comme si de rien n'était».

Parallèlement, Eduardo Cunha, un député évangélique ultra-conservateur incarnant l'aile dure du PMDB, a usé d'incessants artifices pour freiner la procédure de cassation de son propre mandat devant la Commission d'éthique de la chambre basse.

Longue route

Il avait déclenché la procédure d'impeachment de Dilma Rousseff quelques heures seulement après la saisine de la commission d'éthique du parlement grâce aux votes des députés du Parti des travailleurs (PT).

Ces manoeuvres ont donné du grain à moudre au camp de Dilma Rousseff, qui se dit victime d'un «coup d'Etat parlementaire» ayant pour origine un «acte de vengeance personnelle» de Eduardo Cunha.

L'avocat général de l'Etat, José Eduardo Cardozo, défenseur de Dilma Rousseff, a d'ailleurs annoncé jeudi qu'il allait «demander l'annulation de la procédure de destitution» de la présidente.

«La décision du tribunal suprême démontre que M. Cunha a détourné ses fonctions» pour nuire à la présidente, a-t-il argumenté devant la Commission de destitution du Sénat. (nxp/afp)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!