Actualisé 19.12.2012 à 08:41

MIchel Drucker

«La langue de bois c'est fini, je ne pratique plus!»

France2 consacre une soirée spéciale à son animateur vedette. Un film télé adapté de son best-seller et un documentaire pour mieux comprendre l'homme de 70 ans et près d'un demi-siècle de télévision…

de
Serge Bressan, Paris
Michel Drucker enfant, campé par Nicolas Rompteaux, dans les bras de son père que joue Simon Abkarian.

Michel Drucker enfant, campé par Nicolas Rompteaux, dans les bras de son père que joue Simon Abkarian.

La deuxième chaîne française programme, ce mercredi, une soirée spéciale toute entière dédiée à l'une de ses figures incontournables: Michel Drucker, 70 ans, animateur régulier de «Vivement Dimanche» et «Vivement Dimanche prochain», exceptionnel de «Champs-Elysées» et aussi d'événements, tel un récent spécial Céline Dion.

Énorme bosseur, depuis quelques années, il a également une émission quotidienne à la radio. Enfant à Vire dans le Calvados entre un père médecin, une mère au foyer et secrétaire de son mari, et ses deux frères, il désespérait ce père qui ne cessait de lui dire et répéter: «Qu'est-ce qu'on va faire de toi?» En 2007, cette phrase est devenue le titre d'un livre au succès phénoménal (plus de 500 000 exemplaires vendus). Aujourd'hui, c'est un film télé qui ouvre la soirée spéciale de France2 et rend hommage à son père, son héros. Rencontre exclusive avec «20 minutes».

Une soirée spéciale, rien que pour vous! C'est votre père qui aurait été content…

Je ne sais pas… Je ne sais même pas si je vais regarder le film qu'a réalisé Jean-Daniel Verhaeghe. Oui, c'est quand même étrange de se retrouver dans une fiction télé qui couvre dix années de ma vie, cette période de 8 à 18 ans qui m'a été si douloureuse… Alors, mon père serait-il content de ce film? Quand j'ai publié le livre «Qu'est-ce qu'on va faire de toi?», je me suis déjà posé la question. Et aujourd'hui, tant avec le livre qu'avec le film, je sais qu'il ne se serait pas reconnu… C'est très troublant, toute cette aventure…

Pourquoi parlez-vous de trouble?

Toute ma vie, c'est partir, revenir. Ma vie, c'est un film de Lelouch!

Comment était la vie chez les Drucker quand vous étiez enfant à Vire…

Oh! l'ambiance était très anxiogène. Parce que mon père était quelqu'un de très exigeant. Même avec lui! Il voulait que la France produise des numéros 1. C'était son obsession et ça venait sûrement de son histoire personnelle, du fait qu'il avait dû recommencer à zéro à son arrivée en France. Dans son esprit, c'était bien simple: il n'y avait qu'une place qui comptait, la première. Etre le meilleur dans sa discipline, ce qu'ont été mes deux frères, Jean et Jacques. Mais moi, j'ai été son désespoir. Aujourd'hui encore, quand je repense à cette période, il y a un trou dans ma vie. De 8 à 18 ans, dix années qui ont été déterminantes dans ma vie. Oui, un trou dans ma vie à une période où on trace son sillon. Pour moi, ces dix années ont été un calvaire… En même temps, si mon père était encore là, il verrait dans «Qu'est-ce qu'on va faire de toi?» toute la tendresse que j'éprouvais pour lui. Parce qu'aujourd'hui, et depuis un bon moment, je sais très bien que tout ce qui m'est arrivé, c'est grâce à lui!

Avant d'arriver à la télévision, vous avez divers petits boulots…

J'ai été serveur dans un restaurant: une catastrophe! Tellement souvent, mon père me disait: «Qu'est-ce qu'on va faire de toi?» Je me suis retrouvé dans un internat. Et même dans un centre d'apprentissage de dactylo. Je me débrouillais par mal, je tapais cent vingt mots à la minutes. Nous étions deux garçons au milieu d'une classe de filles et nous avions la blouse rose de la parfaite secrétaire d'alors! Pour mon père, pas question que ses fils tournent mal. Il voulait que ses trois fils soient des maillots jaunes… Il ne le montrait pas mais il avait une grande passion pour ses enfants. Et à la fin de sa vie, il m'a confié qu'il avait un petit faible pour moi. Je crois même qu'il me voyait devenir médecin, et que je lui succède dans son cabinet de Vire…

Votre père apparaît comme un sacré cavaleur…

Oui, et encore le film a atténué cet aspect! Mon père était un homme charmant, un séducteur… Et c'était compliqué à la maison mais je sais qu'il reste le seul homme de ma maman. Pour lui, la fa-mille, ses enfants et sa femme, c'était le plus important même s'il pas-sait plus de temps avec ses patients qu'avec nous.

Avez-vous craint, redouté l'adaptation de votre livre, le passage à l'image?

Pas vraiment. A l'écran, on a un film formidable sur les relations entre un père et un adolescent. Sur une famille, aussi, qui démarre dans de grandes difficultés. Avec, au final, trois garçons qui s'en sortent pas si mal! Et quand j'y pense, je suis convaincu que mon père aurait été content, heureux que la télévision, à travers une fiction, rende hommage à notre famille.

Votre père vous a aimé tendrement. Pensez-vous qu'au fond de lui, il s'attendait à votre réussite? Qu'il avait, un instant, imaginé votre carrière, vos succès?

Une chose est sûre: il m'a poussé à travailler. Et je sais que si je suis arrivé où j'en suis, c'est grâce à lui. Je sais aussi qu'il ne s'attendait pas à ma réussite. Pendant longtemps, il ne m'a pas compris. Pour lui, j'étais fait pour être médecin alors que, moi entre 8 et 18 ans, je me voyais cycliste professionnel. Je connaissais tous les palmarès, tous les résultats des courses… Et, avec le recul, je me demande même si, inconsciemment, je n'ai rien fait à l'école pour les emmerder!

Qu'avez-vous hérité d'Abraham, votre père?

Il était extrêmement généreux. Il avait un cœur d'or. S'il s'est toujours planté sur la forme, il ne s'est jamais trompé sur le fond. Et il a passé sa vie à s'excuser de ses coups de gueule. Et moi, si je ne suis pas caractériel, je n'en suis pas moins irascible, impatient. J'ai hérité sa grande anxiété, sa peur de l'échec. Comme lui, je crains toujours que les années sombres reviennent, que la bête immonde ressurgisse… J'ai toujours aussi cette peur tenace de la maladie. En moi, il y a l'anxiété, l'inquiétude permanente,… bref toutes les conditions pour piquer des coups de gueule, se tromper de ton…

Aujourd'hui, à 70 ans, vous ne cessez de répéter que le « gentil Michel Drucker », c'est fini…

La langue de bois, je ne connais plus, je ne pratique plus! Dans mon métier, je ressemble de plus en plus à ce que fut mon père. Tous les imposteurs qu'on croise dans nos métiers, je les ai démasqués de-puis longtemps… Je sais où est la vérité. Par exemple, avec Dany, on est mariés depuis quarante et un ans: c'est rare dans notre milieu des médias et le monde du spectacle. Et puis, il y a encore et encore l'exemple de mon père: il travaillait tout le temps, il dormait quatre heures par nuit, il était le médecin de famille qui savait tout faire. Le travail, mon père m'a appris ça, c'est une grande valeur.

Reportage sur le tournage de «Qu'est-ce qu'on va faire de toi?»

Soirée spéciale Michel Drucker, mercredi 19 décembre 2012

«Qu'est-ce qu'on va faire de toi?», dès 20h45 sur France 2, suivi du documentaire «Itinéraire d'un enfant de la télé».

«Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?»: le film

Scénariste de «Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?», Joëlle Goron confie: «Ce film va redonner le moral aux parents qui se désespèrent d’avoir fait des cancres!» A l’écran, on plonge en Normandie. Une petite ville, Vire. Le père, Abraham Drucker, y est médecin. Sa femme, Lola, est femme au foyer et aussi la secrétaire de son médecin de mari. Ils ont trois enfants, dont un cancre, Michel. De 8 à 18 ans, ce dernier fait le malheur d’Abraham, né en Roumanie, venu en France en 1925 (il obtiendra la nationalité française en 1937) où, à 42 ans, il a repris ses études à zéro pour pouvoir exercer son métier. Dans le film de Jean-Daniel Verhaeghe, Abraham Drucker illumine toutes les scènes- interprété magistralement par le grand (pas seulement par la taille) Simon Abkarian.

Au nom du père… Ce père qui, dénoncé en 1942 parce que Juif, a passé trois années en captivité dans les camps de Compiègne et de Drancy, où il sera médecin-chef pour les prisonniers juifs. A son retour à Vire (belle scène du début du film), il regarde longuement la plaque dorée à l’entrée de sa maison. Il y est toujours inscrit: «Docteur A. Drucker» mais plus rien, pour cet homme, ne sera comme avant. Pour les siens, pour ses enfants, il lui faudra l’excellence. Encore, toujours. Mais il y a Michel, le deuxième de la fratrie. L’école ne l’intéresse guère. «Qu’est-ce qu’on va faire de toi?», l’interroge sou-vent ce père qui, pour lui apprendre les choses de la vie, l’emmène dans ses tournées de médecin.

Il y aura l’internat, l’école de dactylo, des petits boulots (dont serveur dans un restaurant, résultat calamiteux),… Secrètement, Abraham Drucker voyait en Michel son successeur à Vire. Et puis, un jour de 1965, le père prend son téléphone, appelle Raymond Marcillac, le patron de service des sports de la télévision française: la veille, il a vu son fils, son Michel présenter le journal des sports aux côtés de la star de l’époque, Roger Couderc. Le père demande au patron d’enlever son fils de l’antenne: «Il est trop jeune, il n’est pas assez cultiv酻 Près d’un demi-siècle plus tard, Michel Drucker est toujours à la télé…

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