30.01.2018 à 05:58

Vaud

La lenteur de la justice profite au grand dealer

Un trafiquant de drogue nigérian a été condamné en 2016, dix ans après les faits. Selon le Tribunal fédéral, la justice a violé le principe de célérité et une peine moins sévère s'impose.

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En moins d'une année, un trafiquant de drogue nigérian a écoulé 7 kg de cocaïne pour un chiffre d'affaires de 300'000 francs. Les faits ont eu lieu en 2006 et l'affaire n'a toujours pas été vidée par la justice.

En moins d'une année, un trafiquant de drogue nigérian a écoulé 7 kg de cocaïne pour un chiffre d'affaires de 300'000 francs. Les faits ont eu lieu en 2006 et l'affaire n'a toujours pas été vidée par la justice.

Une affaire, quatre procureurs, dix ans de procédure, trois tribunaux... Et ce n'est pas fini. Retour sur le cas Jay-Jay*, un dealer repenti. En octobre 2006, ce baron de la drogue basé à Yverdon-les-Bains est tombé. Selon les enquêteurs de la police, le «grossiste» nigérian a écoulé environ 7 kg de coke pour un chiffre d'affaires de plus de 300 000 francs en huit mois. Après 261 jours de détention préventive, il a retrouvé la liberté en attendant son jugement. Seulement voilà, du fait d'une incroyable lenteur de la justice, le procès n'a eu lieu qu'en août 2016. Entre temps, l'homme a eu des enfants et a lancé une association de prévention contre le trafic de drogue, qui a mis sur le marché un film anti-deal et a collaboré avec une commune vaudoise.

«Diminution de la nécessité de punir»

Lors du procès qui s'est tenu à Yverdon durant l'été 2016, l'avocate de Jay-Jay a soutenu que le principe de célérité, qui impose à la justice de traiter les dossiers dans un délai raisonnable, a été violé. Le Tribunal en a tenu compte en prononçant une peine de 8 ans au lieu de dix. Mais pour Me Alexa Landert, cette peine est trop sévère. Elle a saisi le Tribunal cantonal. En novembre 2016, la Cour a ramené la sanction à 7 ans de prison. Le Tribunal cantonal a déploré «un retard injustifié dans la procédure entre 2007 et 2014». Mais pour Me Alexa Landert, ce verdict aussi était trop sévère: elle a fait recours au Tribunal fédéral (TF). Dans leur arrêt de décembre dernier, les juges de Mon-Repos ont évoqué «la longue inaction des autorités et la diminution de la nécessité à punir en raison de l'effet guérisseur du temps écoulé». Pour eux, ces deux faits étaient de nature à provoquer une réduction de peine. «La violation du principe de célérité peut avoir pour conséquence la diminution de la peine, parfois l'exemption de toute peine ou un classement dans des cas extrêmes», a argumenté le TF. Le dossier a été renvoyé au Tribunal cantonal qui va rejuger l'affaire en mars.

* Prénom d'emprunt

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