Brexit: La livre à son niveau le plus bas en 31 ans

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BrexitLa livre à son niveau le plus bas en 31 ans

La livre britannique accentue sa chute face au dollar entamée cette semaine après l'annonce de la procédure de Brexit.

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Le président du Conseil européen Donald Tusk s'exprime lors de son arrivée au Sommet Européen spécialement dédié au Brexit à Bruxelles. (Samedi 29 avril 2017)

Le président du Conseil européen Donald Tusk s'exprime lors de son arrivée au Sommet Européen spécialement dédié au Brexit à Bruxelles. (Samedi 29 avril 2017)

Keystone
Nicola Sturgeon rédige une lettre à la Première ministre britannique dans laquelle elle souligne que «le peuple écossais doit avoir le droit de choisir son propre avenir». (Jeudi 30 mars 2017)

Nicola Sturgeon rédige une lettre à la Première ministre britannique dans laquelle elle souligne que «le peuple écossais doit avoir le droit de choisir son propre avenir». (Jeudi 30 mars 2017)

AFP
Donald Tusk a expliqué que la «relation future» avec le Royaume-Uni ne se fera uniquement quand des «progrès suffisants» auront été faits sur l'accord réglant le divorce. (31 mars 2017)

Donald Tusk a expliqué que la «relation future» avec le Royaume-Uni ne se fera uniquement quand des «progrès suffisants» auront été faits sur l'accord réglant le divorce. (31 mars 2017)

AFP

La livre britannique a subi un crash éclair vendredi au début des échanges en Asie, des courtiers perplexes évoquant des raisons techniques, sur fond de craintes d'un «Brexit dur» ravivées par des propos du président français François Hollande, affirmant que l'UE devait faire preuve de «fermeté» face à Londres.

Peu après 08h00 à Tokyo (vendredi à 1h00 en Suisse), la livre sterling a ponctuellement chuté à 1,1841 dollar, soit un nouveau plus bas depuis 1985, avant de se redresser autour de 1,24 dollar. Elle valait deux heures plus tôt 1,2614 dollar, soit un décrochage brutal de 6,1%.

A l'égard de l'euro, elle a connu un plongeon similaire: la monnaie unique a atteint 94,15 pence au même moment, un niveau inédit depuis début 2009, contre 88,42 pence à 23h00 (heure suisse). Elle est ensuite revenue au-dessus de 89 pence.

La livre n'avait pas été aussi secouée depuis l'annonce des résultats du référendum du 23 juin sur le Brexit, qui l'avaient fait glisser de 10% et provoqué le chaos sur les marchés financiers de la planète.

Elle était déjà sous forte pression cette semaine, après l'annonce par la Première ministre britannique, Theresa May, du lancement d'ici fin mars 2017 de la procédure de sortie de l'Union européenne par le Royaume-Uni.

Insensé

Mais de là à dégringoler autant... «Ce qui s'est passé était insensé - appelez cela un crash éclair - mais des mouvements de cette ampleur montrent jusqu'où la monnaie peut descendre», a réagi Naeem Aslam, analyste de Think Markets, dans une note citée par l'agence Blommberg News. «La livre sterling est hantée par les craintes d'un Brexit dur».

Des courtiers ont avancé des facteurs techniques pour expliquer cet affaissement soudain, avec pour possible élément déclencheur des déclarations de François Hollande surinterprétées par les systèmes informatiques.

Le président français a plaidé jeudi soir (heure de Paris) pour la «fermeté» face à Londres dans les futures négociations.

«Il faut qu'il y ait une menace, il faut qu'il y ait un risque, il faut qu'il y ait un prix», a lancé M. Hollande dans un discours à Paris. «Le Royaume-Uni a décidé de faire un Brexit, je crois même un Brexit dur, eh bien, il faut aller jusqu'au bout de la volonté des Britanniques de sortir de l'Union européenne».

Mauvais moment

«Malheureusement», ces commentaires ont été rapportés par les médias «dans la période floue située entre la fermeture de New York et l'ouverture en Asie, à un moment où les liquidités sont toujours limitées», a expliqué Jeffrey Halley, analyste chez Oanda.

«En quelques minutes, la livre a dévissé sur des ventes ordonnées par des algorithmes avec un phénomène boule de neige du fait du peu d'activité sur le marché».

D'aucuns ont suggéré la possibilité d'un «fat finger», la maladresse involontaire d'un seul homme, mais lui considère cette hypothèse peu probable. «C'est plutôt un effet secondaire de l'ère des échanges informatiques», estime-t-il.

Raison technique ou non, un tel crash apparaît à certains inévitable alors que se dessine la perspective d'un divorce sans compromis sur le plan économique avec Bruxelles, qui serait le pire scénario pour les milieux d'affaires, avec à la clé la possible perte de l'accès au marché unique.

«Ce n'était qu'une question de temps avant que ne survienne un plongeon de cette ampleur», a affirmé auprès de l'AFP Yosuke Hosokawa, de Sumitomo Mitsui Trust Bank. «Les éléments négatifs se sont accumulés jusqu'à ce que la digue cède. Nous n'avons pas encore vu le pire, le record de 31 ans (face au dollar) peut désormais être battu».

On en est tout de même encore loin: la livre était descendue à 1,05 dollar début 1985, quand le billet vert était dopé par les «Reaganomics», politique de déréglementation du président américain Ronald Reagan. (nxp/afp)

La dette britannique sous pression

La dette britannique se tendait fortement vendredi matin sur le marché obligataire dans un climat de défiance, tandis que la livre a subi un plongeon éclair vendredi au début des échanges en Asie.

A 11H10 (09H10 GMT), le taux à 10 ans de l'Etat britannique grimpait à 0,966% contre 0,871% jeudi à la clôture du marché secondaire où s'échange la dette déjà émise.

Le Gilt n'avait pas atteint ce niveau depuis le 30 juin après le vote sur le Brexit.

«Les investisseurs étrangers souffrent de la chute de la livre, qui fait baisser lourdement la capitalisation de leur portefeuille», note Nordine Naam, stratégiste obligataire pour Natixis.

«Dans ces conditions, les investisseurs revendent la dette britannique, ce qui fait monter les taux», ajoute M. Naam.

Les taux des dettes en zone euro se tendaient également, poursuivant leur mouvement à la hausse entamé la veille, avant la publication dans la journée du rapport mensuel de l'emploi américain. Celui-ci sera scruté de près par la Réserve fédérale américaine dans la perspective d'un relèvement des taux d'intérêt.

(NewsXpress)

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