Post-Brexit: La livre devient une devise politique et structurelle
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Post-BrexitLa livre devient une devise politique et structurelle

La livre sterling a perdu jusqu'à 10% de sa valeur en quelques minutes vendredi sur le marché des changes.

Ce «flash crash», dans le jargon des cambistes, souligne que la devise britannique risque de rester longtemps affaiblie par les incertitudes liées au Brexit.

La livre a regagné du terrain au fil des heures après son plongeon initial sur les marchés asiatiques, qui l'a fait tomber brièvement à 1,1491 dollar, au plus bas depuis 1985. Des courtiers ont expliqué cette chute par l'effet des transactions algorithmiques, qui dominent depuis longtemps déjà le marché des devises.

Mais son rebond a ensuite été limité par un mouvement de vente en Europe puis aux Etats-Unis. Sur l'ensemble de la journée, la livre a ainsi cédé près de 1,5% face au dollar et quasiment 2% contre l'euro, face auquel elle a touché un plus bas de près de sept ans à 90,23 pence.

Sur la semaine, la livre sterling a abandonné plus de 4% contre le billet vert, sa plus mauvaise performance hebdomadaire depuis 2009.

Inflation et croissance

Si cette dépréciation profite aux marchés des actions britanniques et apparaît comme une bonne nouvelle pour les multinationales du Royaume-Uni, elle illustre surtout les inquiétudes croissantes suscitées par l'impact que la sortie annoncée du pays de l'Union européenne finira par avoir sur la demande intérieure, l'inflation et la croissance.

Si l'indice FTSE 100 de la Bourse de Londres, dominé par les multinationales, a gagné 0,63% sur la journée, à contre-courant des autres marchés européens, le FTSE 250 , plus tourné vers le marché intérieur a, au contraire, cédé 0,67%, sa troisième séance consécutive de repli.

«C'est le premier signe depuis plusieurs mois de l'inquiétude du marché sur le Brexit», a commenté Jonathan Roy, gérant de Charles Hanover Investments.

«On observe une baisse des valeurs tournées vers le marché intérieur face à la possibilité d'un Brexit 'dur' (...), alors que le FTSE 100 reste solide», a-t-il ajouté.

Investissements étrangers

Avant vendredi, la livre sterling baissait régulièrement depuis deux semaines, les investisseurs étant préoccupés par la volonté apparente du gouvernement de Theresa May de privilégier les questions liées à l'immigration sur l'accès au marché intérieur dans les discussions à venir avec l'Union européenne sur l'avenir de leurs relations.

Or des concessions de Londres sur le marché intérieur pourraient conduire à une baisse des investissements étrangers en Grande-Bretagne, estiment de nombreux observateurs.

Jusqu'à présent, les fonds de pension et les autres investisseurs de long terme ont réagi à l'évolution du débat sur le Brexit en achetant des actions britanniques et d'autres actifs tout en se couvrant contre le risque de baisse de la livre par le biais d'options et d'autres dérivés.

Cette stratégie pourrait être remise en cause si la monnaie devient trop volatile. Or la volatilité implicite du marché a bondi vendredi à plus de 10% pour des échéances allant jusqu'à un an.

Prévisions de bénéfice

Le distributeur Sports Directs a expliqué que le «flash crash» l'avait conduit à abaisser de 15 millions de livres sa prévision de bénéfice annuel. Son action a chuté de 9% sur la journée.

Près de la moitié des actions britanniques et un tiers environ des obligations du Royaume-Uni en circulation sont détenues par des investisseurs étrangers, pour un total de près de 1800 milliards d'euros.

La crainte de voir le rendement de ces actifs érodés par une résurgence de l'inflation s'est traduite par une remontée des anticipations de hausse des prix, qui atteignent désormais 3,64% pour le long terme.

Avant vendredi, les estimations du point bas de la livre sterling évoluaient généralement entre 1,2 et 1,25 dollar, donc au-dessus du niveau auquel elle est tombée lors du «flash crash». De ce fait, la devise ne dispose d'aucun support technique entre ce niveau et ses plus bas historiques, juste au-dessus de la parité avec le dollar.

David Bloom, responsable de stratégie de HSBC, s'attend à une poursuite de la baisse jusqu'à 1,10 dollar d'ici à la fin de l'an prochain.

«La livre sterling était considérée comme une monnaie relativement simple, qui évoluait en fonction d'événements cycliques et des indicateurs, mais elle est désormais devenue une devise politique et structurelle», explique-t-il.

«Cela la voue à la faiblesse en raison du double déficit (budgétaire et des comptes courants). La monnaie est devenue de fait l'opposition officielle à la politique gouvernementale.» (nxp/ats)

(NewsXpress)

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