Votations fédérales - La loi CO2 n’a pas séduit les citoyens suisses

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Votations fédéralesLa loi CO₂ n’a pas séduit les citoyens suisses

C’est la surprise de ce dimanche: les Suisses se sont finalement prononcés contre la révision de la loi sur le CO₂, pourtant soutenue par une large coalition.

par
Noemi Cinelli
L’objectif de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et d’ici à 2030 ne pourra être atteint avec la législation actuelle, avaient prévenu les autorités.

L’objectif de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et d’ici à 2030 ne pourra être atteint avec la législation actuelle, avaient prévenu les autorités.

20min / Marco Zangger

Après un vote serré, le «non» aura finalement pris le dessus, à hauteur de 51,6%. La proposition d’une nouvelle Loi fédérale sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a pas convaincu les électeurs suisses en ce dimanche 13 juin. Et cela, malgré le soutien du Conseil fédéral, du Parlement et de la plupart des grands partis (en dehors de l’UDC).

Seuls cinq cantons ont accepté le texte adopté en septembre par le Parlement et combattu par deux comités référendaires: l’un proche du collectif Grève pour l’avenir, l’autre constitué de représentants des secteurs automobiles, aéronautiques, des transports, du bâtiment ainsi que de la branche pétrolière.

Vaud, Neuchâtel et Genève se sont prononcés en faveur de la loi, qui a ainsi reçu le soutien de la majeure partie des cantons romands. Genève a accepté le texte à hauteur de 61,40%. C’est le deuxième taux d’acceptation le plus élevé, après Bâle-Ville (66,64%). Du côté de la Suisse alémanique, il n’y a que Zurich (55,4%) qui rejoint Bâle-Ville sur le terrain du «oui».

Le «non» sorti des urnes aujourd'hui n'est pas un non à la protection du climat, mais un non à la loi.

Simonetta Sommaruga, cheffe du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication

«Le «non» sorti des urnes aujourd'hui n'est pas un non à la protection du climat, mais un non à la loi.» a réagi Simonetta Sommaruga lors d’une conférence de presse tenue par le Conseil fédéral ce dimanche à 18h15. «De nombreuses personnes veulent renforcer la protection du climat, mais pas avec cette loi, a-t-elle continué. Le Conseil fédéral a compris ce message.» La Confédération a rappelé l’urgence du réchauffement climatique, et confirmé sa volonté de trouver un «chemin» pour agir.

Les Vert-e-s, les Vert’libéraux et le PLR déçus, l’UDC ravie

L’UDC, seul parti qui appelait à voter «non» ce dimanche, se dit heureuse que «la politique symbolique de la gauche» ait été «stoppée». «Les rêveries des socialistes de luxe doivent céder la place à des solutions raisonnables, efficaces et économiques.» a poursuivi le parti dans un communiqué de presse.

«Sans cette révision de la loi sur le CO2, la politique climatique suisse est sérieusement menacée, tout comme notre prospérité et notre qualité de vie», a déclaré, au contraire, le PLR dans un communiqué. Alors que le parti libéral se dit préoccupé et déçu du résultat, les Vert-e-s considèrent ce rejet comme un «frein considérable à la protection climatique, qui reste pourtant nécessaire et urgente».

Cette position est aussi partagée par le parti vert’libéral, qui s’inquiète du fait que la Suisse perde «un temps précieux en matière de protection du climat».

«Ce résultat ne change rien à la nécessité d’agir»

L’Union syndicale suisse regrette également le refus de la loi sur le CO₂. Néanmoins, selon l’organisation, «ce résultat ne change rien à la nécessité d’agir. Il faudra veiller également à l’avenir à la dimension sociale des mesures prises pour réduire les émissions.»

«Ce qu'il faut maintenant, ce sont des mesures rapides qui ciblent les véritables responsables de la crise climatique» a déclaré, quant à elle, Emma Chollet, militante de la Grève du Climat lors d’une conférence de presse tenue sur la Place Fédérale. «Ce sont les riches, les multinationales et la place financière suisse. Pas la population» a-t-elle continué.

Une loi «insuffisante» pour certains, et «équilibrée» pour d’autres

Pour le collectif de la Grève du Climat, le rejet de la loi «ne signifie pas que la population ne souhaite pas davantage de protection. Bien au contraire.» Pour rappel, les activistes du climat jugeaient la loi largement insuffisante et ciblée sur les mauvais acteurs, tout comme le mouvement SolidaritéS.

«Onéreux, inutile et injuste». C’est de cette manière qu’a qualifié le projet de loi l’Union professionnelle suisse de l’automobile qui salue le résultat. Une position partagée par l’Automobile Club de Suisse, mais pas par l’ATE Association transports et environnement.

«À l’évidence, le lobby du pétrole et ses acolytes de l’UDC sont parvenus à discréditer la loi pourtant très équilibrée par une campagne honteuse, fondée sur la peur» a déploré, quant à elle, l’ATE. Pour l’organisation, il est toutefois évident que «la Suisse ne pourra se soustraire à ses obligations en matière d’objectifs climatiques.»

L’objectif suisse ne sera pas atteint

Selon les autorités, les mesures légales actuellement en vigueur ne permettront pas à la Suisse d’atteindre l’objectif visé, soit une réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et d’ici à 2030. Atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 sera également difficile, a rappelé Simonetta Sommaruga durant la conférence de presse du Conseil fédéral.

En tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement touchée par les changements climatiques. Selon l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse, le pays se réchauffe en effet deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Rappelons que les enjeux de la votation se cristallisaient autour de diverses mesures d’incitations financières, dont l’introduction d’une taxe sur les billets d’avion.

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