04.09.2016 à 20:53

LausanneLa loi met les bâtons dans les roues d'un handicapé

Un retraité hémiplégique a retrouvé son autonomie grâce à un gyropode. Mais l'engin est banni sur le domaine public.

par
Caroline Gebhard
François n'ose presque plus sortir sur son engin électrique.

François n'ose presque plus sortir sur son engin électrique.

photo: Kein Anbieter/cge

Un AVC l'a foudroyé en 2012 mais il ne s'est pas laissé terrasser. François, 69 ans, s'est battu durant toute sa rééducation pour tenir debout. Malgré son hémiplégie, il y est parvenu mais ses déplacements restaient difficiles. Son salut, il l'a trouvé il y a deux ans en acquérant un petit gyropode: «Ce sont mes jambes, je suis totalement autonome!» Seulement voilà. Depuis, en juin 2015, le législateur est passé par là et sa machine n'a pas reçu d'homologation pour circuler dans la rue (lire encadré). Impossible, par conséquent, de l'utiliser ailleurs que sur un terrain privé. Cette réalité, François en a pris conscience ces derniers temps seulement, après avoir été rappelé à l'ordre par la police.

Le sexagénaire a beau se balader avec une attestation de son médecin certifiant qu'il a besoin de son engin électrique pour se déplacer, celle-ci ne remplace pas l'homologation. Du coup, il ne dort plus et n'ose presque plus sortir, de peur de tomber sur des agents. Sans compter qu'avec une jambe raide, il ne peut pas aller bien loin sans son gyropode. Et ne lui parlez pas de fauteuil roulant: «J'ai lutté durant cinq mois pour tenir sur mes pieds. Si on me remet assis, je ne le supporterai pas...» Laure Munier, son ergothérapeute, indique que «le gyropode travaille l'équilibre: il a aussi pu améliorer sa marche grâce à cela.» Elle ajoute que la machine, petite et légère, se trimballe partout. «Et ce n'est pas stigmatisant...»

Attention aux frais

Pour l'heure, les agents lausannois n'ont jamais dénoncé une personne circulant avec un gyropode non autorisé sur le domaine public. Ils misent avant tout sur la prévention et la sensibilisation. D'autres polices, en revanche, ont déjà sévi. Le principal risque, pour l'utilisateur, reste celui qu'il prend en cas l'accident: sans homologation, il n'a pas de couverture d'assurance et s'expose à devoir assumer des frais potentiellement très élevés.

Seuls les Segway sont autorisés à circuler dans le trafic

Seuls les gyropodes de la marque Segway ont reçu une homologation de l'Office fédéral des routes qui les autorise à emprunter les routes et les pistes cyclables. Quand ils sont utilisés par des invalides porteurs d'une attestation médicale, ils sont aussi admis dans les zones piétonnes. Le problème, pour François, c'est qu'il ne peut pas utiliser ces engins, bien plus gros et encombrants que le sien, en raison de sa jambe raide.

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