Votations fédérales: La loi sur l'asile plébiscitée
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Votations fédéralesLa loi sur l'asile plébiscitée

Les Suisses ont voté massivement dimanche en faveur du durcissement de la loi sur l'asile, entrée en vigueur à l'automne dernier.

Rien ne changera en matière de droit d'asile. Infligeant une défaite d'une ampleur inégalée aux référendaires, le peuple a entériné dimanche a posteriori par 78,5% une révision urgente de la loi en vigueur depuis fin septembre. La droite se félicite, la gauche et les organisations humanitaires font la grimace.

Tous les cantons ont soutenu le texte. Un peu plus de 1,57 million de personnes ont glissé un «oui» dans l'urne, alors que le camp du «non» a réuni à peine plus de 430'000 personnes.

Les plus convaincus ont été les citoyens d'Appenzell Rhodes-Intérieures avec 86,8% d'adhésion, les plus réticents les Genevois avec 61,3% de voix. Il n'y a pas eu de «Röstigraben» sur le verdict, mais les Romands se sont montrés un peu moins enthousiastes.

Ce verdict était attendu. Le peuple a jusqu'ici accepté largement tous les durcissements de la loi. Les Jeunes Verts et les quelques ONG à l'origine d'un référendum mollement soutenu par un PS qui l'estimait perdu d'avance n'ont pas réussi à inverser la tendance. Les Suisses ont suivi le Conseil fédéral et les partis bourgeois.

La révision vise à désengorger le système. La désertion ou le refus de servir ne sont plus reconnus comme motifs d'asile. Comme dans les autres pays européens, il n'est plus possible de déposer une requête dans une ambassade helvétique. La Confédération peut créer des centres pour les requérants récalcitrants et se passer d'un aval des autorités locales pour héberger des requérants dans ses bâtiments.

Amélioration saluée à droite

Le comité bourgeois favorable à la révision, qui réunissait le PDC, l'UDC, le PLR, le PVL, le PBD et le PEV, se réjouit de l'adoption sans évoque de la révision. A ses yeux, les votants ont pris une décision importante en faveur d'une meilleure politique d'asile en Suisse.

Les partis bourgeois attendent maintenant la deuxième étape de la révision. Celle-ci vise essentiellement à accélérer les procédures tout en préservant la tradition humanitaire de la Suisse, a relevé Isabelle Moret, vice-présidente du PLR. Elle voit dans le verdict de dimanche «une marque de confiance des citoyens dans la révision en cours».

Pour Adèle Thorens, co-présidente des Verts, cet échec est au contraire une «grande déception, car le résultat est extrêmement sec». Le PS, les Eglises et Amnesty International partagent cette déception et se disent préoccupées par les conséquences néfastes de certaines des mesures adoptées, comme la suppression des demandes d'asile dans les ambassades.

Le peuple toujours du côté du Conseil fédéral

Lorsqu'il s'agit de politique d'asile, le Conseil fédéral a toujours pu compter sur le peuple.

A chaque fois, les citoyens se sont rangés du côté du gouvernement, souvent à une confortable majorité. Cette fois, le oui a été le plus net avec 78,5%.

Depuis son entrée en vigueur en 1981, la loi sur l'asile a été partiellement ou totalement revisée sept fois. La plupart du temps pour serrer la vis aux requérants d'asile. A chaque fois que le sujet a été amené dans les urnes, le peuple a toujours clairement approuvé les décisions prises par le Conseil fédéral et le Parlement.

En 1987, 67% des Suisses ont voté pour la révision de la loi sur l'asile et en 1994, ils étaient 73% à soutenir une loi restrictive en matière de droit des étrangers. La révision totale du droit de l'asile en 1999 a elle été acceptée avec environ 71% des voix.

En 2005, l'accord dans le domaine de la coopération policière et sur l'asile avec l'UE - accord Schengen/Dublin - a été approuvé un peu plus difficilement, avec 55% des voix. La révision de 2006, connue sous le nom de «Lex Blocher», a plus largement passé la rampe, avec 68% des voix.

Toutes les mesures pour le renforcement de la loi sur l'asile n'ont cependant pas abouti. Le peuple a dû à plusieurs reprises se prononcer sur des initiatives populaires lancées par le camp bourgeois. Hormis une victoire - en 2010 avec 52% des voix pour une initiative de l'UDC -, elles ont toutes été rejetées par le peuple, en 1996 (54% de non), en 2000 (64% de non) et en 2002 (50,1% de non).

Réactions

l'UDC. Selon lui, la population est en phase avec la politique de son parti. La situation économique favorable de la Suisse et la facilité en matière de mobilité entraînent une pression migratoire très forte.

Verts étaient déçus par le résultat de la votation. Adèle Thorens, co-présidente des Verts, a estimé que l'échec dimanche du référendum contre le durcissement de la loi sur l'asile était une «grande déception, car le résultat est extrêmement sec». «Nous ne pensions pas gagner, mais nous n'attendions tout de même pas un tel résultat». De son côté le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a regretté le ton négatif donné au débat. «Ce qui nous préoccupe est le durcissement du ton du débat qui se concentre sur les aspects négatifs», a affirmé la responsable du bureau pour la Suisse du HCR Susin Park.

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