Genève: «La loi sur la laïcité profitera aux intégristes»
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Genève«La loi sur la laïcité profitera aux intégristes»

Des députés d'Ensemble à Gauche craignent le projet de loi du Conseil d'Etat. Ce jeudi, ils ont déposé leur propre texte pour créer un débat.

par
Jérôme Faas
La procession du Vendredi saint, à Romont (FR). La loi genevoise actuelle ne permet pas une telle manifestation. S'il était adopté, le projet de loi sur la laïcité ouvrirait la porte.

La procession du Vendredi saint, à Romont (FR). La loi genevoise actuelle ne permet pas une telle manifestation. S'il était adopté, le projet de loi sur la laïcité ouvrirait la porte.

«Ce texte signe le retour des groupes religieux dans les affaires publiques. C'est un saut temporel, un retour au XIXe siècle. L'adopter serait ouvrir la boîte de Pandore.» Pierre Gauthier, député d'Ensemble à gauche, critique durement le projet de loi du Conseil d'Etat sur la laïcité. Hier, l'élu et divers représentants des milieux laïques ont donc présenté leur propre projet, très court. Y figure notamment l'interdiction de tout culte, procession ou cérémonie religieuse sur la voie publique.

Ce que Pierre Gauthier et Magali Orsini, elle aussi députée, redoutent dans le projet du Conseil d'Etat, c'est entre autres la possibilité d'exception. Ainsi y est-il écrit que «les manifestations religieuses cultuelles se déroulent en principe sur le domaine privé et dans un lieu fermé».

«Porte ouverte aux affrontements interconfessionnels»

C'est le «en principe» qui les effraie. «On sait, en terme de législation, que ce sont toujours les exceptions qui, à terme font la règle», estime Pierre Gauthier. «Ce en principe signifie qu'une religion peut manifester dans la rue, avec une autorisation, comme n'importe quel parti politique, complète Magali Orsini. Déjà aujourd'hui, on voit des évangéliques, des musulmans, qui s'emparent de l'espace public et considèrent cela comme acquis. C'est la porte ouverte à la surenchère et aux affrontements interconfessionnels.» «Notre idée première, c'est de préserver la paix civile, dit Pierre Gauthier. Ceux qui réclament la voie publique, ce sont les groupes extrémistes, obscurantistes, les scientologues, les raëliens, Ecône, les évangéliques, qui procèdent par grignotage.»

Protestants et catholiques pour le statu quo

Les deux élus s'étonnent d'autant plus que l'actuelle loi en vigueur sur le culte extérieur interdit toute manifestation religieuse sur la voie publique. Et de souligner qu'en 1998, les églises catholique et protestante s'étaient prononcées pour le statu quo, jugeant que l'abrogation de l'interdiction «pourrait profiter à des mouvements intégristes».

«Agiter des peurs est dangereux»

André Castella, membre du groupe de travail sur la laïcité, nommé par le Conseil d'Etat, qui a rédigé le texte du gouvernement, juge légitime la question posée par ces contradicteurs. Il rappelle que le débat aura lieu au Grand Conseil, appelé à étudier les deux projets de loi concurrents. Il insiste surtout sur le fait que «toute manifestation religieuse sera soumise à autorisation. La Fête des Lumières, par exemple, pourra être autorisée car il s'agit d'un événement particulier. La nécessité d'une autorisation exclut toute occupation régulière de l'espace public. Le Conseil d'Etat dirait non. Dire le contraire, c'est agiter des peurs, et c'est dangereux.»

«L'Etat reste maître de la situation»

Mais pourquoi ne pas s'en tenir au statu quo, qui ne suscite aucune levée de bouclier? «Parce que la loi sur le culte extérieur, anticléricale, ne tient plus en regard du droit supérieur, tant fédéral qu'international, observe André Castella. Avec son projet de loi, le Conseil d'Etat reste maître de la situation. Ce qui n'est pas le cas dans la situation actuelle, juridiquement intenable.»

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