Genève: La lucrative omission des victimes des promoteurs
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GenèveLa lucrative omission des victimes des promoteurs

Des créanciers ont réclamé de l'argent en oubliant de parler de celui déjà versé par la banque.

par
Jérôme Faas
Les promoteurs avaient pour habitude d'encaisser des sommes en liquide, dans des enveloppes.

Les promoteurs avaient pour habitude d'encaisser des sommes en liquide, dans des enveloppes.

Keystone

Les victimes des deux promoteurs immobiliers qui défraient la chronique genevoise (lire encadré) tentent-elles de profiter de la situation pour manger à tous les râteliers? Certains propriétaires des villas inachevées de Chancy ont-ils essayé d'être indemnisés à double par la banque et par les hommes d'affaires? Me Nicola Meier, avocat de l'un d'eux, le craint.

Depuis ce printemps, il est établi que le Credit Suisse a dédommagé des propriétaires lésés. Il a notamment versé 237'000 fr. à huit d'entre eux (nos éditions du 18 juin). Or certains, appelés comme tous les créanciers des promoteurs à faire valoir leurs prétentions, ont omis d'en ôter les sommes déjà versées par la banque (23'800 fr.). Ils ont finalement rectifié, mais très tard, fin mai.

Dans un courrier au commissaire au sursis concordataire de la société immobilière (chargé d'établir l'argent dû), ils évoquent un oubli. Me Nicola Meier ironise. «L'amnésie partielle de certains plaignants semble soudainement s'être dissipée lorsque le Parquet a commencé à s'intéresser aux versements du Credit Suisse.» Il désire que la procureure chargée de l'affaire entende les bénéficiaires.

De source proche du dossier, plusieurs plaignants s'en seraient donné à cœur joie au moment de lister leurs créances. A tel point que certaines productions pourraient être qualifiées de frauduleuses. Questionnée, la procureure a indiqué n'avoir aucun commentaire à faire à ce propos.

Des villas vendues mais inachevées

Une enquête pénale vise les deux promoteurs et l'entreprise générale EDD depuis 2013. A Chancy (aux Raclerets) et à Onex, 45 villas vendues étaient inachevées lors de la faillite d'EDD. Les propriétaires (et un peu les promoteurs) avaient dû payer la fin de leur poche. Puis, à Onex (Pré-Longet), de 2010 à 2014, les promoteurs ont proposé de réserver des logements contre du cash, souvent 50'000 fr. Ils n'ont jamais été bâtis. L'ardoise dépasse 10 millions, pour près de 200 lésés.

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