Genève: La lutte contre l'extrémisme s'organise
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GenèveLa lutte contre l'extrémisme s'organise

Les attentats de Paris et de Copenhague ont mis en lumière le profil de jeunes radicalisés en prison et le risque de répétition de ces violences.

Depuis Genève, le nouveau Fonds mondial contre l'extrémisme violent (GCERF) veut prévenir ce type de dérive dans les pays en développement mais aussi lutter à plus court terme contre l'Etat islamique (EI).

Le GCERF n'occulte pas l'actualité. Un mécanisme de financement accéléré a été mis en place pour soutenir prochainement des projets au Proche et Moyen-Orient face à l'EI. Ce groupe extrémiste est coupable de «corruption politique, religieuse et morale», souligne le directeur exécutif du Fonds, Khalid Koser, dans un entretien à l'ats.

Mais, pour autant, l'action centrale de cette «banque contre l'extrémisme» sera un travail de fond à mener dans les pays en développement. «Ce serait une erreur de se concentrer uniquement sur l'Etat islamique ou les 'combattants étrangers' en Syrie et en Irak», souligne le Britannique.

«Le problème est plus épidémique» et de nombreux pays sont confrontés à la radicalisation de leurs citoyens. L'approche doit être globale et le GCERF constitue «une partie de la réponse».

Pas d'action en Occident

Pas question en revanche de projets en Occident, malgré les récents événements. La question est «politiquement trop sensible» pour les gouvernements occidentaux. Ils ont «la capacité de financer des programmes dans leurs communautés. S'ils ne le font pas, c'est une question de gouvernance», estime M. Koser.

Les attentats de Paris, qui ont fait 17 tués, ont été «déplorables», mais il faut les mettre en rapport avec le bilan des violences au Nigeria qui atteint 2000 victimes, ajoute-t-il.

En revanche, les projets qui seront lancés pourront peut-être servir de laboratoire pour des gouvernements occidentaux qui sont aussi confrontés aux «combattants étrangers», aux migrations et à la radicalisation sur Internet.

Sentiment d'exclusion

Point commun entre tous les individus radicalisés, «un sentiment d'exclusion», qu'elle soit réelle ou non, économique, politique ou religieuse, dit M. Koser avant le sommet de Washington sur le contre-terrorisme. Il doit participer à cette réunion jeudi, comme notamment le conseiller fédéral Didier Burkhalter.

Lancé début 2014, le GCERF, présidé par l'ancienne directrice de l'UNICEF Carol Bellamy, est désormais réellement opérationnel. M. Koser s'est rendu il y a deux semaines au Bangladesh, l'un des quatre pays-pilotes avec le Mali, le Nigeria et le Maroc. Le Pakistan pourrait suivre, avant peut-être des Etats considérés comme plus difficiles comme la Somalie.

Cinq millions de francs par la Suisse

Les premiers projets devraient intervenir à l'automne prochain. Ces gouvernements «ont souvent la volonté politique mais pas les ressources» pour prévenir le basculement de jeunes dans la violence extrême.

Sur les 200 millions de dollars prévus sur dix ans, 25 millions ont déjà été garantis. La Suisse, à hauteur de 5 millions, figure avec l'UE parmi les principaux contributeurs. D'autres gouvernements comme les Etats-Unis ou le Qatar financent aussi le GCERF.

Les projets devraient être menés notamment dans le domaine de l'éducation mais aussi sur les réseaux sociaux, vecteur de radicalisation. Des discussions ont eu lieu par exemple avec Google. Pour choisir les programmes soutenus, le Fonds va se mettre à l'écoute des communautés, notamment les mères de famille. «Nous utilisons les outils du développement pour améliorer la sécurité» de ces pays.

Appel de John Kerry

Au Bangladesh, premier succès, gouvernement, ONG et secteur privé se sont réunis pour débattre de ces questions. «Un mélange inhabituel d'interlocuteurs», qui se retrouve aussi dans le Conseil de Fondation du GCERF, relève M. Koser.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a été aux avant-postes dans le lancement du Fonds. Il a estimé récemment que la lutte contre la radicalisation constituait le «défi de toute une génération». Le Bangladesh en a fait un de ses deux principaux chantiers à résoudre avec le changement climatique.

La Fondation qui gère le Fonds est établie à Genève. Contrairement aux mesures militaires prises contre la radicalisation, Genève montre la perspective en matière de droits de l'homme et de développement de l'institution, conclut son directeur exécutif. (ats)

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