La Mafia décapitée
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La Mafia décapitée

L'actuel parrain présumé de la Mafia, Bernardo Provenzano, a été arrêté en Sicile, dans une bergerie isolée non loin de Corleone. L'homme le plus recherché d'Italie était en cavale depuis plus de 40 ans.

Provenzano, 73 ans, est soupçonné d'avoir pris la succession à la tête de la Mafia sicilienne après l'arrestation en 1993 à Palerme de l'ancien «Capo di Tutti i Capi», Salvatore «Toto» Riina.

A Palerme, à son arrivée devant les locaux de la police, il a été accueilli aux cris de «salaud! assassin!» par la foule qui l'attendait. Provenzano, le cheveu gris et le regard caché par des lunettes de soleil, n'a pas dit un mot alors que les policiers cagoulés le poussaient à l'intérieur.

Les policiers ont interpellé «l'homme qui, après l'arrestation de Toto Riina, est considéré comme la personne la plus importante de Cosa Nostra», a souligné le sous-secrétaire à l'Intérieur Alfredo Mantovano. «C'est une avancée importante (...) pour toute la nation», a-t-il ajouté.

Provenzano a été arrêté à Corleone, à 59km au sud de Palerme, avant d'être conduit dans la capitale de la Sicile dans un convoi blindé, toutes les routes du trajet ayant été fermées à la circulation.

Les félicitations ont afflué de tout le pays et des responsables politiques de tous bords à l'intention de la police et du Parquet de Palerme. Le plus heureux était sans doute Piero Grasso, le procureur anti-mafia qui pendant des années, alors qu'il était procureur à Palerme, a traqué les mafieux sans répit. Sur les ondes de la RAI, il a fait part de sa «grande satisfaction» et de sa «grande émotion».

En cavale depuis 1963, le mystérieux et prudentissime Provenzano, dernier «boss» historique encore en liberté, aura échappé maintes fois à la police durant toutes ces années. On suppose qu'il est resté en Sicile, protégé par l'»omerta» et la réticence des Siciliens à informer les autorités, changeant très fréquemment de cache, ne communiquant jamais que par notes écrites et se méfiant des téléphones, selon les témoignages de plusieurs «repentis».

Les enquêteurs décrivent Provenzano comme un «gestionnaire», l'homme qui aura aidé la «Pieuvre» à étendre progressivement ses tentacules sur les contrats de travaux publics en Sicile. Il a fait le choix d'une stratégie de la discrétion, rendant Cosa Nostra moins dépendante des activités traditionnelles, drogue et extorsion.

La dernière photo de Bernardo Provenzano datant des années 50, un portrait-robot actualisé au fur et à mesure que les années passaient était le seul «joker» de la police pour le reconnaître. Jusqu'à son hospitalisation sous une fausse identité dans une clinique de Marseille, où il fut opéré de la prostate, et où les témoignages du personnel auront permis de mieux actualiser ce portrait.

Provenzano a été condamné à plusieurs reprises par contumace pour divers chefs d'accusation, association de malfaiteurs, trafic de drogue et assassinats. On lui impute le meurtre de plusieurs policiers, et un rôle central dans la guerre de la Mafia qui a ensanglanté la Sicile dans les années 80 et aura vu l'ascension à la tête de Cosa Nostra du gang des Corléonais dirigé par Riina. Certains des fidèles de Provenzano seraient aussi impliqués dans les attentats qui coûtèrent la vie aux juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992, meurtres commandités par Riina.

Le mois dernier encore, l'ancien avocat de Bernardo Provenzano affirmait que l'homme ne pouvait qu'être décédé. «Je crois qu'il est mort, et qu'il l'est depuis des années», avait assuré Salvatore Traina dans les colonnes de «La Repubblica». «Ils (la police) l'ont cherché partout, et ils ont cherché de manière intensive pendant des années en vain. Cela veut forcément dire quelque chose», avait-il ajouté. (ap)

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