Bitume arraché à Genève: Frédérique Perler s'excuse, la plainte est retirée

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bitume arraché à GenèveLa magistrate: «Je ne mesurais pas l’impact de l’action»

L’Exécutif de la Ville ne poursuivra pas les activistes aux marteaux-piqueurs, car Frédérique Perler leur avait donné son aval, ce qu’elle regrette.

par
Jérôme Faas
Les militants avaient ôté une bande de bitume de 5 à 7 cm d’épaisseur sur cinq places de stationnement aux Pâquis. 

Les militants avaient ôté une bande de bitume de 5 à 7 cm d’épaisseur sur cinq places de stationnement aux Pâquis. 

20 min / R. Baudraz

Virage à 180 degrés! Le 22 juin, le Conseil administratif de la Ville portait plainte contre les militants qui venaient d’arracher une portion de bitume aux Pâquis pour réclamer de la verdure. Ce mercredi, ce même Exécutif retirait sa plainte. Entre les deux séquences, la RTS avait affirmé que la magistrate Verte Frédérique Perler avait autorisé l’action par oral.

«Erreurs d’appréciation»

«Il s’avère que des erreurs d’appréciation, dont la magistrate assume la responsabilité, ont pu laisser penser aux associations qu’elles avaient obtenu l’assentiment de la Ville», a justifié le collège après avoir entendu l’écologiste. Bref, punir des militants qui ont agi de bonne foi serait injuste.

Car Frédérique Perler l’a avoué via un communiqué séparé: elle ne s’est «pas opposée» au dégrappage de l’asphalte après avoir été sollicitée pour s’assurer qu’elle ne porterait pas plainte ni n’alerterait la police. «Je ne mesurais pas l’impact concret d’une telle action.»

Excuses formulées

La Verte l’explique par un «relâchement de sa vigilance» après avoir évité «un possible désastre»: initialement, actif-trafiC voulait planter un arbre, donc creuser profondément, au risque de percer des canalisations. Elle aurait réussi à dissuader l’association. C’est là que, soulagée, elle lui a donné son aval – «qui a posteriori n’avait évidemment pas lieu d’être» – pour limer l’asphalte. Les images des marteaux-piqueurs l’ont brutalement réveillée. «Sincèrement, ce n’était pas ce que j’avais imaginé.» L’élue s’excuse et l’assure: ses intentions étaient «intègres».

Enquête il y aura

Afin de «faire toute la lumière» sur les faits, l’Exécutif sollicitera un juge à la retraite, puis prendra «les mesures qui s’imposent». Quoi qu’il arrive, les coûts de réparation ne seront pas imputés aux contribuables. «Mais le salaire du juge, si», note Alain Miserez, président du Centre (Ville), qui veut que le Parquet investigue l’affaire sous l’angle de l’abus d’autorité. S’en saisira-t-il? Il ne «transmet aucune information de ce type», dit-il.

«Malentendu» ou «scandale»?

L’option choisie par le Conseil administratif et sa communication satisfont la gauche. «Cela montre qu’il n’y a pas eu de partenariat officieux entre le département et les associations, juste un malentendu», juge le chef de groupe des Verts, Matthias Erhardt. Et elle hérisse la droite. «Cela montre qu’il y a bel et bien eu des discussions. C’est du jamais vu, un scandale», considère Daniel Sormanni, élu municipal MCG. Le retrait de plainte est donc qualifié de «responsable et juste par Joëlle Bertossa (PS): on ne peut pas autoriser puis condamner.» Alors qu’il déçoit le président du PLR Ville Kevin Schmid. «Sans plainte, pas d’investigation: les Genevois n’auront pas les réponses aux questions légitimes qu’ils se posent.» Joëlle Bertossa estime au contraire que faire appel à un ex-juge pour tirer la situation au clair est «très sage. La lumière sera ainsi faite de manière neutre.» Alain Miserez, du Centre, considère au contraire qu’il s’agit «d’une solution de facilité, de poudre aux yeux». 

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