Frontaliers: La main-d’oeuvre fuit en Suisse, des régions italiennes crient au secours

Publié

FrontaliersLa main-d’œuvre fuit en Suisse, des régions italiennes crient au secours

Les régions de montagne proches de la frontière risquent de se vider, faute de travailleurs qualifiés qui préfèrent la Suisse et ses salaires, s’alarment-elles.

De nombreux Italiens viennent travailler en Suisse. Résultat: certaines vallées risquent de perdre leur tissu économique et de se vider.

De nombreux Italiens viennent travailler en Suisse. Résultat: certaines vallées risquent de perdre leur tissu économique et de se vider.

Tamedia Archives

La situation serait «urgente» et «dramatique» dans les régions de montagne d’Italie voisine, comme la Valteline. En effet, les entreprises de ces vallées doivent faire face à un manque parfois massif de main-d’œuvre. Une pénurie de personnel qui condamne le tissu économique à mourir et les villages à se vider. La raison? Les locaux préfèrent venir travailler tous les jours en Suisse où les salaires sont parfois trois fois plus élevés. La situation est particulièrement difficile dans le secteur du bâtiment, de la restauration et de l’hôtellerie.

Restaurants sous pression

Ainsi dans la Valchiavenna, près d’une entreprise sur trois cherche de la main-d’œuvre qualifiée, mais n’en trouve pas, relève le «Corriere della Sera». À l’image du propriétaire d’une entreprise de meubles à Campodolcino. Il ne peut plus accepter de commandes en raison du manque d’employés. «Je pourrais offrir à un menuisier expérimenté un salaire allant jusqu’à 3000 euros, dit-il, mais en Suisse, il est payé au moins 4500 euros.»

Un restaurateur de la petite ville de Chiavenna se plaint également. Il indique avoir besoin d’un serveur et de cinq autres personnes immédiatement pour faire face à la saison d’été. Et de confier qu’à Pâques, il a dû renoncer à des réservations faute de personnel.

Salaires bien plus hauts

Du côté des frontaliers, on confirme déserter l’Italie au profit de la Suisse. À l’image de Davide, un père de famille de 38 ans, qui fait partie des 1700 Italiens de la Valchiavenna (et 6000 dans toute la Valteline) qui traversent chaque jour la frontière pour travailler chez nous. Auparavant, il gagnait 1600 euros en tant que serveur en Italie, jusqu’à ce qu’il décide de venir travailler en Suisse il y a douze ans. Aujourd’hui, il gagne trois fois ce montant dans une vitrerie de Saint-Moritz. «Si je pouvais trouver un emploi près de chez moi qui me permette de nourrir ma famille et de rembourser mon hypothèque, je serais le premier à faire un autre choix», affirme-t-il.

Aide de l’État réclamée

Les entreprises italiennes sont donc mécontentes. Elles déplorent le fait qu’elles investissent beaucoup dans la formation des jeunes, mais que ceux-ci préfèrent partir ensuite travailler en Suisse où les salaires sont plus élevés. Du coup, elles réclament un soutien de l’État pour aider les firmes et PME proches de la frontière à réduire l’écart avec la Suisse en termes de salaires et de conditions de travail. Et d’imaginer une baisse d’impôts qui permettrait par exemple d’investir l’argent économisé dans les salaires.

«La vérité est que nous devrions copier le modèle suisse», relèvent les politiciens locaux. «Pour l’instant, tout ce que nous pouvons faire est d’appeler les jeunes en particulier à ne pas manquer les opportunités offertes par les entreprises locales», concluent-ils.

Même problème en France voisine


Selon une étude française de 2020 de l’Institut national de la statistique et des études démographiques (INSEE), la Suisse comptait environ 179’000 travailleurs frontaliers venant de France. C’est plus de la moitié des 325’000 frontaliers que compte l’Hexagone. Et c’est surtout Genève qui attire les frontaliers puisqu’ils sont près de la moitié à travailler dans le canton. Corollaire: la fuite de main-d’œuvre posait également de sérieux problèmes de recrutement en France voisine. Tout comme les Italiens, les entrepreneurs se plaignent également de former des jeunes aspirés ensuite en Suisse, avait révélé à l’époque la RTS.

(cht)

Ton opinion

240 commentaires