Actualisé 15.01.2020 à 12:39

Le pape de l'automobile

«La meilleure motorisation électrique vient de Tesla»

Le «pape de l'automobile», Ferdinand Dudenhöffer, parle du marché de l'automobile suisse de l'année écoulée et des perspectives pour le futur.

de
Dieter Liechti
1 / 12
Ferdinand Dudenhöffer, le «pape de l'automobile» allemand, s'exprime à propos de l'année écoulée en ces termes: «La Suisse joue dans une autre ligue».

Ferdinand Dudenhöffer, le «pape de l'automobile» allemand, s'exprime à propos de l'année écoulée en ces termes: «La Suisse joue dans une autre ligue».

Avec 311'466 véhicules mis en circulation en 2019, le marché des voitures de tourisme neuves a dépassé la barre des 300'000 pour la huitième fois en neuf ans.

Avec 311'466 véhicules mis en circulation en 2019, le marché des voitures de tourisme neuves a dépassé la barre des 300'000 pour la huitième fois en neuf ans.

Werk
Volkswagen est une marque largement plébiscitée en Suisse. Comme prévu, c'est elle qui a enregistré le plus de nouvelles immatriculations en 2019, avec 34'445 véhicules mis en circulation.

Volkswagen est une marque largement plébiscitée en Suisse. Comme prévu, c'est elle qui a enregistré le plus de nouvelles immatriculations en 2019, avec 34'445 véhicules mis en circulation.

VW

Monsieur Dudenhöffer, en 2019, le marché automobile suisse a progressé de 3,9%. S'agit-il d'un bon résultat à l'échelle européenne?

C'est mieux que l'Europe, mais moins bon que l'Allemagne. Cela dit, l'effet de rattrapage de l'Allemagne a gonflé les chiffres de manière artificielle.

De quel effet de rattrapage parlez-vous?

D'une part, la répercussion de la transition vers le nouveau cycle d'essai WLTP. D'autre part, la pression d'acheter, en 2019 des voitures énergivores, étant donné que les règles sont désormais plus strictes en matière d'émission de CO2. D'où le recul du marché en Allemagne en 2020. Cet effet s'est moins fait ressentir en Suisse, de sorte que le marché suisse est plus stable.

Depuis des années, on considère que la Suisse est un marché important et particulier pour l'industrie automobile. Avec 311'466 nouvelles immatriculations en 2019, cela n'est certainement pas dû aux chiffres de vente. Alors à quoi d'autre?

La Suisse est un marché de niche. Seul 0,4% des voitures particulières vendues dans le monde trouvent preneur en Suisse. Mais il y a des Suisses qui peuvent s'offrir de belles voitures de luxe. Il y a de l'argent à gagner dans le pays pour les fabricants haut de gamme.

Pourtant, la part des motorisations alternatives s'élève à 40'714 véhicules en 2019, ce qui représente une part de marché de 13,1%. Peut-on parler de succès ou est-ce plutôt décevant?

C'est un excellent résultat. Par rapport à l'Allemagne, la Suisse joue dans une autre ligue. En Allemagne, la part de motorisations alternatives ne s'élève qu'à 6,6%, ce qui vaut également pour les voitures 100% électriques. La part de marché de Tesla en Suisse est, à elle seule, plus importante que la part totale des voitures électriques en Allemagne.

Le boom de la voiture électrique va t-il se poursuivre en 2020?

Évidemment, mais l'ampleur de la progression dépendra avant tout de la mise sur le marché et de la production de la VW ID.3, des livraisons de la Porsche Taycan et de la Tesla Model Y. Or, tout cela ne devrait démarrer qu'au second semestre de l'année, d'où la difficulté de faire des prévisions.

Tesla est le numéro 1 de l'électrique, avec 6'061 exemplaires écoulés en Suisse. Avec un tel résultat, les Américains ont pris le pas sur des marques comme Alfa Romeo, Honda, Mini, Mitsubishi, Nissan ou encore Subaru. Est-ce parti pour durer?

Oui, sans aucun doute. Dans cinq ans, Tesla sera passé de 367'500 voitures écoulées au niveau mondial à 800'000 ou plus. De quoi dépasser encore d'autres marques traditionnelles en Suisse.

À quoi est dû le succès de Tesla?

D'une part, au fait que le constructeur a pris une longueur d'avance, d'autre part, à celui que la marque dispose actuellement de la meilleure motorisation électrique, c'est-à-dire des performances énergétiques époustouflantes et d'autres innovations au niveau du pilotage automatique et des mises à jour logicielles. C'est ce que les Suisses apprécient: des innovations à la fois conviviales et compatibles avec l'environnement.

Pour autant, plus de 40% des voitures nouvellement immatriculées en 2019 étaient de marque allemande. Quelle est la recette du succès de l'industrie de l'automobile allemande?

Du haut de gamme, une finition parfaite et une dynamique de conduite qui procure du plaisir, même dans les montagnes suisses.

Le plus mauvais élève parmi les marques allemandes est Opel, avec un résultat qui chute de 17,4%. Cela vous surprend-il?

Non, car depuis près de trois ans, Opel équivaut à Peugeot. L'un a un lion sur la calandre, l'autre, un éclair. C'est peut-être rentable, mais ce n'est pas innovant. Les meilleurs coûts et un entraîneur de football dans la publicité ne suffisent pas pour avoir du succès à long terme. General Motors a présenté la meilleure structure de coûts sur des décennies et est devenue insolvable. En outre, le groupe PSA est en difficulté non seulement en Suisse, mais aussi en Chine, son plus grand et plus important marché.

Les ventes de Citroën, DS Automobiles, Peugeot et Renault ont diminué en 2019, la part de marché des Français se situant autour de 8,65%. Pour quelle raison?

DS est un échec au niveau mondial. Croire que l'on peut vendre une Citroën sous la dénomination DS et nommer cela du haut de gamme, ne fonctionne pas. Il manque l'innovation tant recherchée par le client. Sinon, il peut se rendre directement chez Dacia.

La situation semble encore pire chez Alfa Romeo, Fiat et Maserati, qui enregistrent une perte de 13% par rapport à 2018. Ces marques ont-elle raté le tournant?

Les Italiens sont bons quand on parle de Ferrari. Les ingénieurs y construisent des voitures pour gagner la Formule 1. Alfa Romeo était jadis une grande marque. Elle a malheureusement perdu de son prestige durant les années de limitations des coûts sous Fiat Chrysler.

Mais l'économie est à l'ordre du jour chez toutes les marques

Effectivement, il faut faire attention aux coûts, mais ils représentent des contraintes secondaires dans ce secteur. La variable cible, c'est l'émotion, c'est-à-dire, l'innovation.

En 2019, les constructeurs asiatiques ont connu une évolution positive, Lexus et Toyota affichant une croissance à deux chiffres. Quelle était leur force?

Toyota a marqué des points avec l'hybride. Une innovation importante, qui commence toutefois à perdre de son éclat. Et, il y a trente ans, les Japonais ont joué leur offensive de qualité, une stratégie qui a également porté ses fruits. Sauf qu'aujourd'hui, tout le monde fait de même. C'est pourquoi les dix prochaines années seront très intéressantes.

Ferdinand Dudenhöffer est le directeur du centre pour la recherche automobile CAR à l'Université Duisburg-Essen.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!